la joie était sans peine, et on grimpait dessus

  montre-moi ta vie
  montre-moi ta vie telle quelle, sans douleur
  sans quartier
  j’ai un peu peur ce matin, qu’il arrive quelque chose de mal
  quelque chose de mal peut toujours arriver, même ce matin-là, où il est censé ne rien arriver du tout
  je voudrais que quelqu’un vive à ma place, ainsi qu’on trouve un partenaire comme substitut à quoi, à la jouissance personnelle, à la faille originelle – à l’école
  maternelle?

  .

  un jour, j’étais mort
  je me suis réveillé comme ça, juste pour aérer la pièce, secouer les draps, me laver le prépuce
  je pleurerais si seulement existait quelqu’un pour m’écouter pleurer
  le reste du temps je ne ferais rien, allongé sur un banc…

  .

  il n’y a pas de raison
  il n’y a pas de raison, non plus
  et puis tu meurs avant moi, pour ne plus y penser
  tu seras là demain, ou alors un autre jour – qu’importe le temps?
  il n’y a pas de raison, tu écartes les cuisses et tu demandes pardon
  je demande pardon aussi, il n’y a pas de raison
  il n’y a pas de raison non plus

  .

  j’ai marché
  j’ai marché tellement que j’en marche encore, même si ça fait trois quarts de siècle au moins
  que je ne marche plus
  – nous avons des enfants
  nous avons des enfants sûrement
  mais qu’est-ce qu’on en a à foutre, des enfants?

  .

  c’est pas ma faute, c’est pas ma faute si tu dors pas – c’est la faute au sommeil, au sommeil qui vient pas
  on quitte pas le rivage. il faudrait quitter le rivage mais on quitte pas le rivage on se demande
  ce qu’on va bien pouvoir manger ce soir, même si on sait déjà
  qu’on mangera rien

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