à la mamelle du sphynx

  il pleut. depuis le commencement du monde il pleut. je t’écris de quelque part, de n’importe où. depuis le commencement du monde et on n’en sait presque rien. sauf que l’herbe se mit à pousser rapidement. il y eut de l’herbe partout, de vastes forêts sans arbres. il y a de l’herbe partout encore maintenant.

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  j’avais l’impression que tout ce qui respirait mentait, que là où cessait le mensonge nous suffoquions, et qu’en définitive seule était pure la mort, immaculé le néant. imagine la culpabilité d’être nécessaire à l’élaboration d’une telle conception! je posai donc les mains sur le dos de la culpabilité et commençai le massage.

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  j’aurais tellement voulu qu’on prenne de moi le soin que j’apportais à la mise en scène de ma propre exécution. on a beau s’entasser dans des charniers, creuser des fosses communes, solitaire est le chemin de l’être, de tout être. alors même qu’il s’agit d’un seul et unique chemin…

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  j’étais si loin de me douter… je te parlais, je te parlais mais tu ne pouvais déjà plus m’entendre. tu n’entendais plus qu’une chose, une seule et même chose. je me suis quand-même assis près de toi – j’avais sans doute besoin d’avoir mal près de quelqu’un qui a mal, pour ne pas avoir honte.

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  je parle pour parler finalement, me tenir compagnie. une toute petite voix face à la nuit totale. j’ai toujours envie de la souffler, cette flamme. par pur instinct de mort, pur instinct de liberté. veiller dans la nuit totale. veiller.
  si tu t’endors, t’es mort
  et les paupières s’empèsent, et le regard s’enlise…
  si tu t’endors, t’es mort.

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