dresde en plein jour

  genoux cassés. on s’appuie contre n’importe quoi
  contre un poteau
  on fait semblant d’avoir mal, alors qu’en réalité on a vraiment mal
  et comme on ne sait pas non plus en quoi consisterait, ne serait-ce que de loin, la réalité, on attend
  on attend simplement que quelque chose se passe
  on attend, comme ça, n’importe quoi, on sait pas quoi
  – et c’est la mort qui vient. la mort qui vient enfin
  qui passe
  puis qui s’éloigne
  à jamais.
  la suite, il n’y en a pas

  .

  franchement où vivre quand vivre ne sert à rien, si ce n’est à Dunkerque
  tout ne peut être que beau quand on ne vit pour rien, et l’horizon saumâtre, à Dunkerque
  je n’ai jamais trempé un pied à Dunkerque – triste de gâcher ma tristesse loin des flandres et cependant si proche
  de mon cœur froid
  et des algues chagrines…

  .

  je lance un bout de bois
  mon chien ne court pas le chercher: je n’ai pas de chien
  je m’en vais d’un autre côté – qui sait de quel côté il est né?
  sa mère lui a peut-être raconté si c’était par la tête ou par les pieds, par le ventre ou naturellement par l’orifice conçu à cet effet, si c’était un garçon ou bien une fille
  d’autres comme moi sont nés sans mère, spontanément
  ex nihilo
  et vulgairement.
  quant au bout de bois, je le lance et je m’en vais
  d’un tout autre côté

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