la vierge aux dents de lait

  t’es pas belle
  t’as même pas brouté
  les poils de ma chatte
  t’es pas belle
  on dirait même que
  la mort ne t’a pas
  ressuscitée

  .

  j’ai pleuré
  j’ai pleuré d’avril en mai
  j’aurais pu décoller, partir
  mais voilà je suis resté
  d’avril en mai
  et caetera

  .

  je viens de nulle-part
  de trop de parts pour venir d’où que ce soit
  je voudrais juste me réfugier en toi, mais je sais que tu ne peux
  qu’il n’y a pas de refuge
  le refuge est dans le non-refuge total
  d’abord je te touche, et ensuite à ton tour

  .

  tout l’homme en moi se révolte contre ça. tout l’homme en moi se révolte contre l’homme en soi. dieu ne me suffit pas, j’ai besoin d’un amandier. j’ai besoin de ce qui n’a nul besoin de soi et je me dis allez salut, un peu, reste avec moi, encore un peu

  .

  c’est pas pour faire joli que je dis là, assis là sur un banc
  mais je ne suis pas encore capable de dire c’est quoi là, assis là sur un banc
  je protège mes fragilités, je cultive mes vulnérabilités, j’enfouis ma gueule de loup dans le tissu
  de ta peau d’agneau

  .

  chaque phrase comme une tentative désespérée de sauver dieu de son néant, tu comprends?
  non, tu ne comprends pas – si tu comprenais dieu serait sauvé, et ça n’aurait plus d’importance,
  ni la mienne ni la tienne, de douleur
  on ne pourrait plus jouir l’un de l’autre
  l’un tout contre l’autre

  .

  absous-moi
  absous-moi je t’en supplie
  non ne m’absous pas, permets-moi de m’absoudre en toi
  que je vienne mourir en toi, et que jamais rien ne naisse :

                      tout ce qui naît
                      déchire la matrice
                      de la vierge aux dents de lait

la vierge aux dents de lait

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