l’étale des fonds

  il ne faudra presque rien dire
  laisser les verges allumées


  en cheminant de ce, de là
  en fait on n’a rien bougé du tout


  hennissent les beaux jours
  : la nuit à moi toute seule


  le temps de traverser la pomme
  j’ai vécu, t’embrassai sur la bouche


  foutu l’camp par les berges, les ponts
  par l’idée d’un ciel bleu de mort


  j’ai peur de te toucher
  de tout ce dont on ne revient pas


  se regarder crever en chantant y a d’la joie
  être déjà mort et s’en branler partout


  tu vas bien? je ne sais pas comment tu vas
  et je n’existe pas. je t’embrasse


  reste là, près de moi
  sers-moi de comptoir


  contre le mauvais sort j’use de ce temps pourri
  je touche bientôt aux fesses de l’endormissement


  la nuit se lève, immense nue
  elle entre en moi : je cesse de tomber


  argonaute déserteur, roi sur un vélomoteur
  tu ne veuilles pas de moi, j’admets


  ça ne me fait plus peur –
  de rien, de lever le camp


  tu sors nu-pieds dans la rosée
  tu respires par l’infini


  pas loin, pas loin de ça
  dans un sens ou dans l’autre


  arrache les épines de tes yeux
  – comment verras-tu venir le jour?


  regarde-moi, regarde-moi d’un air absent
  les yeux, les yeux ont-ils pleurer?

l'étale des fonds

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