l’amour sans vous l’amour c’est rien, les yeux flingués mon petit frère est mort

  tu nages, tu nages dans moi
  tu te souries à toi-même et cependant tu n’as pas de repos, tu n’as pas de repos en moi
  la vièle d’ici-bas. tu tournes la vièle d’ici-bas. tu te rases le crâne pour que je ne m’accroche pas à tes cheveux
  tu te rases le sexe pour que je ne m’y embourbe pas – le jour de ma mort n’importe pas plus que celui de ta déflorescence
  les jambes et les aisselles y passent aussi : jamais je ne t’aimerai
  t’aimer te trahirait
  t’aimer nous humilierait
  et parce que tu es moi, moi au-delà de moi, moi de l’au-delà, la dérive futile,
  providentielle condamnation…

  .

  tâche de vivre; tâche de vivre comme ça au moins…
  tu me parleras
  d’autre chose que de la misère : de la beauté de la misère par exemple
  à chercher la voix vraie je me suis endormie, je ne mourrai pas debout c’est tout
  quand tu me dis embrasse-moi moi je pense déjà à autre chose, j’embrasse ton absence déjà
  je ne sais pas pourquoi tu jouis, sans même que je lève le moindre doigt
  à moins que ce ne soit justement de ne lever le moindre doigt qui te tourmente et te fasse
  jouir ainsi

  .

  j’aime l’aube. c’est la seule chance restante à l’innocence – l’innocence de s’émerveiller, de croire à ce que l’on voit, de ne faire qu’un à ce qu’on est, de ne pas avoir à vivre avec le mensonge de soi-même
  parce qu’il faut mentir pour survivre, quand vivre est au-delà de nos forces
  alors pourquoi donc ai-je mal encore quand tu fais semblant de regarder ailleurs, semblant de ne pas exister
  pourquoi ai-je mal encore, quand l’inexistence tient tant de place qu’il faille céder, toujours céder et tout céder
  que je ne sais plus où nous mettre, que je ne sais plus par quelle manche tricher…

  .

  je ne t’aime plus
  je ne t’aime plus parce que je ne suis plus un nom
  parce que les clous ont rouillé, le bois à pourri, et la douleur infinie sur la croix s’est mise à fredonner
  un air obscène, un air fétide
  un air au jour le jour, un air de rien du tout
  il n’y a plus de tombe pour moi, il n’y a plus de corps où s’enliser, où s’enterrer, agoniser
  il n’y a qu’à l’instant infinitésimal précédant ton orgasme cette question: Où
  as-tu mis les clopes, Que
  vas-tu faire de la résurrection

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