je sais, je sais je n’étais pas beau
ou pas encore du moins
les chiens déjà aboyaient pour un rien, ou dormaient dans un coin en attente du jugement dernier qui les condamnerait, quoi qu’il en soit,
à n’être que ce qu’ils sont, mener la vie qu’ils mènent, incarner leur destin
ainsi en va t-il de nous autres, me diras-tu
non, tu ne me dis rien
il n’est plus nécessaire de dire quoi que ce soit, mais d’aller
de se dévider et ce faisant de dévider le fil du temps tout entier
un peu comme si l’espace n’était qu’une extension, qu’une extrapolation de l’aile,
ta bouche le feu où se forge ma gloire
– mais là tu dis stop, non, pas dans la bouche
.
j’avais toute pitié
je savais de toute pitié
je désirais toute pitié
le jour donc est tombé, vertical
tu t’es serrée un peu contre moi
– l’étrange dans cette histoire c’est que tu n’existes pas, alors que n’a jamais existé que toi
mais plus étrange encore, c’est que moi qui la raconte, je n’ai jamais été non plus
et qu’une histoire se dit pourtant
une histoire qui parle d’une non-histoire, ou de toute histoire
et qui parle avant tout de pitié
de la toute pitié
de celle aux yeux cendres, de celle aux jours noirs de l’inrésurrection
des jours noirs tout court
de l’éclipse tout court
de toi, à jamais insondable, à jamais insensible
et toute là contre moi
déjà partie
omniabsente…

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