silence saigné à blanc

  une vache blêmit. un chien pue la pitié. je n’ai rien à faire, nulle part
  je m’arrange pour que les cheveux tiennent droit, prends soin des os afin qu’ils présentent bien blanc au jour
  de la résurrection. je me brosse les dents

  dormir tout cru. je tends la main le loup la mange. je reste frileux quant à l’avenant
  un mort s’interpose entre moi et la vie – il s’étend, occupe toute la place, prenant ses aises
  vite un crucifix, que je le lui plante dans le ventre
  c’est si mou, le ventre

  quelqu’un m’est tombé dans les bras, de très haut et depuis je le porte, partout l’emporte
  seul importe mourir, mais comment s’y prend-on ?
  dès le départ avec la bouche, on s’embrasse – mais où s’embrasse t-on ? de quel lieu s’élance t-on ?

  bidule amorphe. se contenter d’être né un jeudi
  tu t’adresses à moi comme à quelqu’un qui de toute façon n’a pas les moyens de répondre et se trouve
  condamné à écouter
  tant et tant qu’il finit par ne plus discerner aucun sens dans ce qu’il entend et en est réduit à
  s’écouter écouter, silence saigné à blanc

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