si je priais ce serait les mains vides. un fleuve vide coulerait entre ces berges nues
si je priais ce serait à mots vides. un long silence s’échapperait de ma gorge dénouée
si je priais ce serait le cœur en vrac, assoiffé de toute façon, mais d’une eau qui n’existe pas, d’une eau vide
si je priais je ne prierais pas. je prierais d’une prière vide, comme ça, dans le vide
et tout serait beau. beau et sans espoir : tout serait beau sans espoir…
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on ne peut arrêter ces vagues. elles jaillissent du cœur du monde comme si une pierre tombée là les soulevait et les chassait vers les confins. sauf qu’il n’y a là ni pierre ni chute, mais un vide, une absence, et c’est la place occupée par ce vide qui impulse le mouvement premier et continu à la matière souple. on ne trouverait l’immobilité qu’en s’allongeant là, au cœur des choses dans ce vide originel. or, si l’on prenait la place du vide, vidant ainsi la matière de vide, il n’y aurait plus d’espace où se déplacer et tout mouvement cesserait instantanément, figeant le monde. nul cependant ne saurait occuper ce non-lieu – c’est le vide au contraire qui vient nous occuper, se nourrissant de notre propre mort. la vague en échouant recrée la condition de son origine, entretenant ainsi le mouvement perpétuel. être, donc, consiste à creuser le vide, à ouvrir en soi l’espace à l’au-delà – à fouiller et à retourner sa propre absence…
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par exemple tu jettes un caillou en l’air, et il se fait cerf-volant ou pluie pour ne pas t’assommer en retombant
si tu veux, je te prête un caillou…
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