brouillard sur toute la ligne

  comment se fait-il qu’on soit mort, déjà, depuis toujours, et cependant vivant ? pour quoi la chose, pour quoi la mort, pourquoi quand on rit jaunissent nos dents ?

  on est mort comme si on ne l’était pas, ou que vivre faisait seulement semblant de vivre. on est mort comme si la tache au fond n’était pas l’origine

  je n’ai pas de chien. je n’ai pas d’os de chien non plus. je ne sais pas ce que j’ai – juste la nausée qui me prend face à tout ce qui me manque, face à tout ce qui n’existe pas

  mourir ne me réconciliera pas. mourir ne me sert définitivement à rien. un plat de fèves, l’irritation de la gorge au passage de la fumée. même le bref soulagement que procurerait la mort m’abîmerait

  je suis mort comme si mourir ne m’en coûtait. je suis mort pour rester fidèle aux abandons. je marche dans la nature et oh combien je déteste la nature. quitte à trouver refuge en ma propre nudité

 

brouillard sur toute la ligne

Published by


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *