j’ai parlé à mes dents, clac clac

  nous d’où je viens, on n’a pas les moyens de la pudeur non on n’a pas les moyens
  de se planquer derrière un doigt d’honneur et cependant
  faut bien l’enfoncer quelque part ce foutu doigt, en faire quelque chose alors
  on le montre à ces messieurs ces messieurs nous disent, on le montre à ces dames ces dames nous renvoient
  aux principes premiers, aux formes élémentaires

  ta butte elle a trois mètres de haut bon, mais en tenant compte de l’érosion, des dépressions…
  d’ailleurs existe t-il force supérieure à celle de l’inertie, la force sans la force, le vas-y-là-comme-ça-glisse ?
  ou bien la chute : tu tombes, et de ton propre poids tu tombes encore, simplement en pesant, grimpé sur tes propres épaules
  et appuyant…

  un homme est toujours plus heureux chez lui que chez moi – il aurait fallu y penser avant, il aurait fallu y penser plus tôt
  elle se promène radicalement nue un savon à la main, juste pour m’humilier au fond
  un souvenir de marseille, ce savon

  petit amour de soi. tu connais ces gens. tu les a vus, tu les a sentis
  quand l’un déversait un regard suppliant, cherchant ta main comme si t’allais le sauver, le remonter à la surface
  ou tout rabougri dedans, n’écoutant plus ce qu’on lui raconte, plus concerné par quoi que ce soit, parfaitement résigné
  l’autre encore, implorant la mort de venir le délivrer enfin de l’angoisse – l’angoisse de la mort je suppose, ou de
  toute souffrance ainsi soit-il
  et lui qui tombe et tombe, vois comme il tombe, creuse son propre gouffre et n’y comprend que dalle, avec cloué sur son visage ce regard hagard des bêtes à l’abattoir
  tout cela et d’autres choses encore ne font pas que remuer ta chair ou dans ta chair, c’est là
  toute ta chair, cariée au cœur

  en chacun fermente un vieux, un pour qui no future mais par lequel
  arrive le scandale
  je l’ai embrassé à pleine bouche, ce trou vivant, ce rat crevé, mélancolique couinement
  je lui retrousse les jupes. toute ma vie je lui retrousse les jupes alors je me dis, je me dis ça pue du sexe
  et j’abdique

 

j'ai parlé à mes dents, clac clac

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