oublie les pissenlits

  toute amoureuse que je fus j’ai du compter mes pas, maîtriser ma démarche, assurer mes arrières
  le bonheur de se jeter dans le vide réside dans le parachute – à part se faire l’amour à quoi bon se parler ?
  je m’étire. les muscles l’un après l’autre, je m’étire. j’assouplis l’immobile. autrement dit je bande à blanc

  certains en possèdent neuf et d’autres à peine le quart d’une – si je t’effleure la joue à qui te plaindras-tu ?
  on finit inévitablement par rentrer chez soi, ne le reconnaissant tel d’une fois sur place, c’est comme ça
  les yeux plantés dans les yeux avoue-le donc, c’est comme ça

  je vais m’allonger tout contre mon cadavre. j’ouvre la bouche et rien n’en sort, pas même un ver
  si je n’ai pas d’espoir c’est par crainte de le trahir, ou crainte de ne pas être à la hauteur si je n’ai pas d’espoir,
  c’est que je ne le mérite pas

  à quel point je me sens vivant m’inflige la douleur
  aller sur trois pattes oui, cela me gêne. danser sur un seul pied me gêne tout autant. n’évoquons pas le bec cassé
  si je ne pleus pas c’est que la pluie ne tombe pas, incidemment

  je ne me marie plus, je jette des mauvais sorts. et peu importe si ça marche au fond
  les choses qui ne se réparent pas on va éviter de les casser pour cette fois – on va se contenter de les mettre dans une boîte et attendre que ça passe
  attendre qu’elles crèvent

 

oublie les pissenlits

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