casser la montagne

  notre vie sans manger, notre vie tout juste pourvue de ces yeux globuleux
  lorgnant sur un vide à courte échéance
  comme à longue distance, notre vie magnitude. et puis,
  la langue toute sèche, la langue
  rampante sous les ronces…

  apprendre à mourir, ma petite ceinture jaune
  des cernes sous l’aura, apprendre à maquiller un regard mal cadré
  – la chose défunte, là, c’est moi
  que j’ai tirée des eaux

  pour ce qui est du permanent, j’ai toujours aimé caresser une biche, toujours aimé
  branler le coquelicot, regarde comme il tombe, tombe
  et ne s’en relève pas – j’irai pisser contre ta cuisse, pense t-il,
  le temps d’un accent grave

  dieu n’est qu’un ciel parmi nous – échangeons
  donc nos trottoirs.
  débordant d’un manque d’air, d’un tas de jouets cassés, toutes couilles ballantes
  en sautant à pieds joints redresserons-nous la terre
  de ses torts, de ses ruineux travers ?

  ce qui reste quand il ne reste rien, le soupir d’un œil clos
  se trouver là sans solution, et d’abord encaisser – on aimerait tant
  retomber en flocons nous aussi, sur le pare-brise du néant
  on imiterait la mort et l’imiterait si bien qu’elle ne, n’y voyant que du feu,
  se reconnaîtrait plus en nous…

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