nausée du paon

  toute la pluie est tombée en dehors, je veux dire en dehors de moi, comme par miracle
  des hommes s’accrochent à leur cuillère, tandis que d’autres se noient dans la soupe – il faut toujours un anneau
  à travers lequel passer le doigt

  tout ce qui compte dans la vie j’en ai fait un cheval mort mais n’exagérons rien, cela n’est que symbole
  symboles la porte qui grince, l’odeur du chien mouillé, le facteur qui n’apportera jamais la délivrance
  la vie tantôt à l’ombre tantôt au soleil, selon que l’on décide d’abattre un arbre ou pas

  je ne meurs plus
  et ce non seulement depuis que je suis mort effectivement, mais surtout depuis que je ne fais plus la différence
  j’encule un cheval mort et le cheval mort rechigne toujours à se métamorphoser, quand bien même en cheval mort
  du coup je me dis mais je vaux vraiment rien, et combien vaut vraiment rien ?

  j’achète un clou
  bon, je sais qu’un clou ne suffit pas, et donc j’achève un loup. et si cela ne suffit toujours pas , alors je me dis j’achève la louve
  bien plus dur que mourir, et peut-être au cœur-même de mourir, il faudra avoir vécu
  avoir vécu c’est rude

  il y a un petit écran noir à côté, et sur ce petit écran noir à côté, tout ce que nous nous refusons désormais de voir
  on se contentera de la mer, non, du bord de mer et sans les filles, se taire pour ne rien dire
  plutôt murer l’univers que répandre nos fluides…

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