c’est assez incroyable, ce qu’il se passe quand
il ne se passe rien
que la mer bascule
d’un continent à l’autre, ou d’une lune à l’autre
et que je reste, envers et contre tout le même exactement
que je n’ai jamais été
mais je me parle à qui là, précisément ?
ces soirs qui traînent, qui n’en finissent pas, d’étés à la ramasse
c’est parce que je ne supporte pas ce qui n’est pas essentiel que je me reconnais en la vanité pure
celle qu’on ne récupère pas, qui ne justifie rien mais nous laisse pantois face au vide ou face à
notre propre vide
chacun perd sa poignée, sous-entendu de porte, chacun prend son congé
chacun se rend malade d’une douleur universelle, et qui n’existe pas
il y a un vide énorme et il y a un homme
à partir duquel tout se déploie, et en lequel tout se résorbe, vide inclus
certes je n’aime personne, mais pas moins l’un que l’autre
et cependant j’aime passionnément, comme s’il manquait un dieu à ma substance
une fois sur deux le jour tombait, une fois sur deux se relevait
tandis que l’autre fois sur deux rien n’avait lieu ni s’il en restait
ne prenait place
mon premier métier consista à survivre
mon dernier à m’en passer, et pour cela les dés ne suffisent ou ne suffirent pas
j’ai donc organisé un chamboule-tout
où l’on ne chamboule rien
en souriant ou en crachant, peu m’importe à la fin et vu l’état des dents
c’est un trou, mais c’est un dieu
c’est un puits dans le ciel
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