j’ai peur tout l’temps – je me tends un bout de miroir et ne m’y reconnais ni dedans, ni dedans
je mords dedans
sinon appelle l’ambulance. dis-lui qu’il y a un blessé quelque part, on sait pas où, on sait pas quand, mais qu’on l’entend gémir, ou qu’on l’entend même pas, on sait pas s’il est mort, on sait pas si il vit
on sait pas qui il vit
on a juste peur de le rappeler à soi, des fois qu’on aurait plus de soi
une frontière intime, un fleuve aspirant les dunes
jusqu’à l’intérieur des terres, et charriant la terre jusqu’en pleine mer or qu’est-ce que la mer, tant qu’elle ne roule rien tant qu’elle
n’ouvre pas le bon œil, n’écarte pas les cuisses, et qu’est-ce que ma jambe droite
fait par-dessus ma jambe gauche, et moi prétendument vivant, vivant de le prétendre
je suce un simple cheveu, et c’est tout un cheval qui me sort de la bouche…
heureusement je n’aime personne
paratonnerre, j’absorbe toute la foudre d’un ciel intrinsèquement figé, j’attrape une puce
je marche dans la ville la ville se couche en moi, me dit serre-moi contre toi joli garçon, et donc je lui rétorque crache ton moignon, putain de ville
et d’abord chuis pas joli garçon
tout ton corps il est maudit, tout ton corps ce qui, d’un bout à l’autre, commence à faire beaucoup
ton dieu s’appelle d’un rat, or c’est toujours le même rat
qui lui morde la queue
le reste bave juste à côté de ce qu’il aurait rêvé d’être
puisqu’à la fin on n’arrive à rien, il faut bien comprendre le rien comme une porte ouverte, l’entrebâillement sur l’infini d’un porte-à-faux
ce qui s’ensuit le coasse la grenouille, ou se mêle à l’encens des obsèques
des mères succombant à nos saints désespoirs
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