j’ai pas peur des trains ça tu sais bien, ni de la pluie tant que je suis du bon côté de la vitre, du côté sec. des gares un peu, oui, j’ai peur des gares – une angoisse sous-jacente à l’effeuillement des visages, à l’éviction mécanique de tout possible
tu pourrais me jeter la pierre en premier. ou une brique; ta tasse de café; l’arrosoir en fer qui rouille tendrement dans le jardin en friche. t’aurais pu te mettre à genoux aussi, en suppliante échevelée – moi j’aurais fait comme d’habitude: je n’aurais pas bronché, me serais juste et de trouble évidence… noyé en soi
par exemple quand tu me demandes de te faire des trucs là avec la bouche (la bouche), avec les doigts (les doigts) ou encore le gland (le gland), et ben tu me prends pour un anxiolytique et ça crée une situation anxiogène. par ailleurs il y a un village près d’ici qui s’appelle parfondeval et donc chaque fois que j’y passe je pense à toi, enfin je pense à ça. anxiogène
non, vraiment, tu n’y connais rien à l’amour. tu sais pas quel jour on est, tu connais même pas l’heure de mon décès – t’es qu’une cassandre de pacotille. pauv’ fille, va. et alors pourquoi tu me fais lécher ton dos comme ça? ça fait trois cent ans que je te suce les cervicales et toujours rien. non mais vraiment j’te comprends pas. je te comprends vraiment pas
des fois on se touchait le visage dans le noir, comme des aveugles du bout des doigts, on se tâtait le visage à tour de rôle. et puis un jour y en a eu marre, l’un de nous a allumé et alors on s’est vu, effarés, on s’est pas reconnu. du coup on n’a jamais pu recommencer. je sais même pas si on s’est revu depuis, à l’improviste ou bien subconsciemment
tu sais le cheval , là, celui qui tourne tout le temps en rond là, le cheval de manège. je te parle de ça et tu hausses les épaules en détournant la tête d’un air moitié exaspéré. tu veux même pas entendre la suite. du coup y a pas de suite. c’est un cheval crevé



