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assis là sur un banc


  • juré craché

      je me couche, mentalement parlant.
      un genre de soleil alors
      peut-être se dressera en moi nœud de ronces
      ou une bouche étroite en laquelle le vent
      aura déchaussé toute dent…

      je ne me réveille pas
      plus tard qu’hier.
      le sommeil me gagne
      du terrain.
      je reviendrai par ci
      ou par là.

      je t’embrasse sur la bouche, dommage
      que tu n’aies pas de bouche.
      je te pisse dans le trou, dommage
      que tu n’aies pas de trou non plus.
      tu prends ton panier, ton joli petit panier – dommage
      que je t’accompagne pas

      où est le plus pauvre, le plus pauvre
      que l’on partage d’un trait.
      les pépins sont à moi, la pomme tu la prends
      – et les épluchures, qu’allons donc nous faire
      des épluchures?

      j’ai mis les pieds à geler, mon cœur s’est endurci.
      deux convulsions à la minute, de quoi le temps
      nous expulse t-il? comme si nous étions irredressables
      de méchants enfants

      combien de fois ai-je dit adieu, combien d’adieux
      m’ont-ils laissé là vide et essoufflé, sur le trottoir glissant?
      je ne sais plus de quoi je suis la forme, de quelle cale
      je touche le fond

    17 février 2019

  • un monde à l’agonie

      solides balançoires, légères balancelles
      ne se
      balancent plus.
      par en-dedans s’ouvre
      une tombe, un béant précipice
      on se penche et on y pisse

      on ne se mange pas
      entre amis, entre femmes assises, filles d’un jour ou d’une nuit.
      quelqu’un cède enfin
      la place à l’infini mourant, l’éternel
      résurgent
      – bref sauve la mise

      petit homme malingre, en arrière plan.
      sur le devant d’la scène: rien
      qu’un faible
      gémissement

      je n’ai plus grand chose à voir avec tout ça. je suis le corps et l’âme d’un suicide
      bien plus vaste que moi, l’interprétation d’un sol foireux.
      s’amoncelle le sable dans ma bouche
      et tout entier je crisse

      sur quel pied danser. non, même pas danser, seulement s’appuyer,
      rebondir sur autre chose
      qu’un incommensurable vide –
      parce que le vide il est comme ça: proprement
      incommensurable

      oui qu’on m’apporte de l’eau:
      sale, je la purifierai
      propre, je la souillerai.
      qu’on m’apporte de l’eau, dis-je
      et qu’on ne s’avise pas de demander si c’est pour la soif
      – moi n’aura plus jamais soif!

    un monde à l'agonie
    16 février 2019

  • un matin primordial

      tu fais bien d’oublier la nuit: tu fais bien d’oublier tout court
      t’as beau les écarquiller, tu ne vois rien du tout – à peine devines-tu la forme floutée d’un monde en pleine
      déconfiture, le buzz transitoire grésillant sur les cendres et les pattes gesticulées du grand
      cafard…

      cela fait des années que je vis ainsi reclus dans ma litière, murmure grabataire, grabuge en la demeure
      si longtemps même que j’en ai perdu le réflexe de l’endormissement
      on, off, on, off, on, off: cela ne marche plus. arrive ce qui arrive et part ce qui repart – entre les deux l’espace foisonne
      où ramer sous le coude…

      je ne vis pas quand je veille, mais seulement quand je ne dors pas, surveillant le néant
      ma vision tend à coïncider à l’absence – à moins que ce ne soit le contraire, va savoir…
      dériver dans le large intérieur maintient la flamme inerte, froid constat

      je reste là, sans prononcer l’adieu, dans le temps ininterrompu et asphyxié de l’adieu
      c’est une attente inversée, ou l’expectation d’une chose qui ne peut avoir lieu – non-lieu comme centre de distribution des espaces me
      traversant, toujours dans le même sens, c’est à dire celui qui décoché du non-moi
      atteint d’un trait le cœur du non-moi

      je n’ai pas de retard sur le chemin qui ne finit pas
      je vais à ma rencontre, laquelle devrait enfin me délivrer de moi
      et pour n’y substituer nul autre…

    14 février 2019

  • meunier, tu bois…

      parle-moi de ça
      parle-moi comme on parle, de choses et d’autres, de tout
      et de rien
      j’écoute et je n’entends rien – la mort
      de ce côté-ci de la barrière, ou de l’autre
      je chante avec toi et c’est avec seul cependant
      que je chante…

      mon homme se tient debout sur une patte – aurais-je jamais le courage
      d’être cet homme-là, cet homme sur une patte?
      entre le tout et rien il y a toi, ce rien qui est le tout, ce tout
      qui n’est rien – rien sinon toi, à la fois tout et rien
      et dont je perçois à présent l’évidence croissante…

      tout cet amour perdu, sans suite, déversé à vau l’eau
      cet amour sans objet, transitoire réceptacle, cet amour pour rien
      est le plus bel amour – cet amour de rien, cet amour d’aimer, coûte que coûte vaille que vaille, ne coûtant rien et ne
      rapportant rien

      j’ai comme l’impression quelque part d’avoir été trahi par dieu, et je ne sais
      quoi lui répondre. alors tout bêtement je m’adresse à mon ch’val – un ch’val c’est pas grand chose, mais c’est un ch’val quand même
      pourquoi donc en parler si ce n’est justement
      pour en parler, pas nécessairement

    meunier, tu bois...
    12 février 2019

  • les transports en commun

      un homme est mort, mon cheval mort.
      ce qui se prétendait le but dernier, comme on dirait le dernier homme – survivre au moins, au plus survivre à tout, à rien – ne fonctionne plus
      mourir n’est pas le bout du chemin c’est juste le chemin
      qui boîte un peu

      ton petit caillou m’a dit: rentre chez toi, chez moi tu n’es pas chez toi. or chez moi n’existe pas, il erre entre les tombes, les tombes bien réelles
      tu ne m’apprendras rien, ni que la seule culture qui vaille serait de faire de la débâcle
      une bien triste fête,
      un couloir en papier

      je n’ai plus peur de moi – je ne me respecte pas assez pour ça
      ma foi est telle que je n’ai plus à me défier du doute – le doute nourrit la foi
      – la foi en rien évidemment, sinon ce ne serait pas la foi,
      mais un poisson rampant entre ses deux béquilles…

      la force d’aimer ne m’aime plus, j’ai du crachat plein la bouche.
      je ne quitte plus mon âne – ça a beau être un truand, un fieffé sodomite, une ordure de première, je lui flatte l’échine, je lui parle tout doux
      non je ne nique personne, j’ai juste foi en mon âne comme mon âne en son foin et son foin
      en la pluie à tomber…

      un cheval de troie, rien qu’un tout
      petit cheval de troie
      a défoncé des dizaines, des centaines, des milliers de femmes – et parmi elles la cassandre d’entre elle
      pauvre cassandre (la povera…)
      cette baudruche de cheval enceinte d’un soleil réfractaire, ce murmure à l’oreille d’un mur
      . je souffre d’être le non-être

    11 février 2019

  • dans un douteux mélange des genres

      les morts se réveillent, il suffit de siffler avec le bon sifflet et le morts se réveillent
      et que nous disent-ils, et que se dit-on, et quelle envie nous prend-il?
      les hommes saute-moutonnent, les moutons je n’sais pas – le saut
      quant à lui le grand vide…

      un homme qu’on enterre, il faut une paire de pelles
      ils font ça carrément au tractopelle maintenant – ne toucherons-nous plus nos morts? ne nous coucherons-nous plus
      le long de nos morts, et tout contre eux?
      un chien s’est appelé jude, l’autre djinn – cessèrent-ils pour autant
      d’être chiens?

      emmerde le poème, pars en vacances. surtout quand les vacances ça ne ressemble à rien
      un trou dans la flotte, un saut dans le vide, c’est quasi métaphysique
      l’élastique coupé, tu aimes un homme, un homme,
      ça peut ressembler à un homme, des fois

      pluie comme il faut, pluie mais pas trop.
      je vis en quartier libre, basse tension marge
      déficitaire. les petits plaisirs restants
      viennent nous torturer.
      et les poissons qui meurent ne (se) doutent de rien, contrairement à moi doutant de tout
      sauf de la mort

      que peut-on se reprocher à part de n’être rien qu’une porte de dieu, et d’incarner de surcroît ce destin-là, ce résidu, porte battante
      ce lieu d’où tout décline, se répudie, et ne ressemble quoi qu’on y fasse, qu’il en soit ou qu’il s’y passe
      à rein d’autre que soi, poisson pourri?

    dans un douteux mélange des genres
    10 février 2019

  • nos fébrilités

      s’il n’y a pas de néant alors qu’y a t-il, et qu’est-ce que ce qui est? cois-tu vraiment que les poissons ne savent pas la mer
      et nagent pour nager si ce n’est dans la mer?
      d’un coup de rien je saute hors l’eau, dans une forme plus épurée du même

      j’ai du mal à me rendormir – m’assaille je ne sais quoi, la franchise d’une ligne rouge, l’idée d »inconséquence
      je ne doute pas de mon existence propre, et donc en dernier lieu de la réalité en soi, ou en tant que telle et telle que moi: je doute simplement
      pour douter, comme il n’y a pas de sang
      sans saigner

      qu’elle est étrange, cette joie d’exister envers et contre tout. j’embrasse sur la bouche un blême suicidé
      ne te soucie pas, petit père – toute vie ne se résume t-elle pas à un
      suicide manqué?
      je colle à ta bouche ma bouche herméneutique: que craches-tu, quelle langue visqueuse – que donc me
      recraches-tu dans la bouche?

      je lui parlais de cela elle entendit tout autre chose – d’ailleurs de mon côté je ne comprenais rien de ce qu’elle
      me disait, ne m’en sentant pas concerné. à quoi servons-nous donc, et si à rien, à quoi bon en parler et se fourrer la langue
      ou quelque autre mollusque
      dans la bouche, ou autre trou?

      j’avais un panier sur la tête, un panier c’est tout bête – tu as vu
      le panier sur la tête, pas le crabe
      ni la moule.
      la moule a parlé elle a dit pas chez moi – d’ailleurs je
      n’habite plus chez moi

    8 février 2019

  • vivre, midi-trente

      tu sais bien, tu sais bien qu’un homme en vaut un autre ou peu s’en faut, genre je tombe les masques, et m’apparaît le parfait
      visage du déjà-vu.
      tu sais bien, tu sais bien disais-je qu’un mort en vaut le même, car qui distinguerait un mort
      de l’autre?
      tu sais bien, oui tu sais bien enfin, qu’une fois le pont levé le courant jamais ne retombera
      sur ses deux pieds…

      la nuit du temps c’est un soleil sans fin
      n’ai-je jamais fait qu’avoir vécu, ou pas encore, et qu’en moi le néant entre
      en ébullition?
      celle que j’aime a les dents devant au vent, et moi donc que veux-tu je traîne derrière, derrière et toujours
      en léger différé

      je suis l’homme qu’il ne te faut pas, mon dieu – mais je ne t’en veux de rien, purement rien
      fait nuit, fait jour, fait nuit – absolument débile. il ne fait jamais jour, ni jamais nuit non plus: l’espace public panique
      j’ai mal nulle part, et nulle part, ça fait mal…

      au fond j’en pense rien: je survis, c’est tout
      et je ne suis pas certain qu’il y faille un effort, ou que cela n’implique au contraire l’absence de tout effort, cette extrême endurance
      si je sais une chose c’est qu’avant tout demain, je serai belle…

    vivre, midi-trente
    7 février 2019

  • l’unité du vivant

      chienne de vie, pomme de basse terre. l’amour plus que jamais sort de terre et c’est d’en bas qu’elle prie, une rêche couverture recouvrant ses épaules maigrichonnes. oui on sortira nos mains de nos poches immunes, on se dégourdira les pattes en fumant des clous d’impures rêvasseries. on ira boire un coup ça s’trouve, et on s’interpellera les uns les autres par des noms interchangeables, même si d’essence atemporelle…

      ne me meurs-tu pas pendante, à la courte échelle ou selon des vœux tenus
      rigoureusement secrets, tu sais que tu n’atteindras jamais le terme de tes jours: on meurt avant la mort, rendant nos yeux à une vision
      radicalement alternative – il y a des gestes pourtant, tout simples
      qui nous rendent vivants, et qui parviennent ne signifiant rien
      à aggraver le réel…

      personne ne s’est mis au travers de ma route – ni le pont ni la rocade, ni le ventre féminal qu’on transgresse à cloche-pied
      rien ne ressemblant à rien il arrive sans doute qu’un œil s’ouvre sur un œil à son tour, et si franchir ce seuil
      est à la portée d’un mort exactement, quoi que j’en pense je ne suis pas
      mort ou encore – c’est quelque chose
      hors de mon champ vois-tu

      acculé, retranché, fourrant tout le ciel possible dans le corps d’une sirène empaillée
      sachant qu’elle était un peu nous, nous étant un peu elle, et qu’elle avait perdu la garde de son enfant parce que toi, se disait-elle, t’as une folie magique ma fille, une
      négligence de reine…

    5 février 2019

  • se donnèrent rendez-vous à la porte des lilas

      on s’appelait comme ci on s’appelait comme ça – je n’ai jamais compris comment on arrivait malgré tout
      à se reconnaître entre mille
      et une

      l’un de moi appelle l’autre mais qui osera se jeter le premier
      dans l’eau gelée? il faut pas dire au-revoir, il faut pas dire au-revoir comme ça, puisque on ne se reverra pas: d’un quai à l’autre balle ping pong
      par dessus le néant balle ping pong

      tous les amis sont morts, tous les amis, d’où ma haine viscérale
      des amitiés.
      nous retournons à nos pelles et de nos pelles retournons le vent – le vent quelle désolation
      n’amasse pas mousse

      chien borgne, bite funéraire – n’en as-tu donc pas assez
      de croire à ta propre ignorance, de boire à ton déboire, j’déchire ma ch’mise j’offre ma poitrine, j’offre ma poitrine, j’offre ma poitrine,
      et toujours pas de sein en vue, pas de bout pas de lait
      pas de cabine obscure…

      peut-être eus-je tendu la main, si seulement un bras
      en projetait l’élan – mais l’épaule cassée, la nuque nickelée, le charmant petit aspirateur que l’on prétend esprit…
      la lessive du dimanche, le fessier roucoulant de l’amante en mode dérélic-
      tionnel – je r’crache un ch’veu, un ch’veu de longueur
      inhabituelle…

    se donnèrent rendez-vous à la porte des lilas
    4 février 2019

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