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assis là sur un banc


  • malgré la honte

      celui que l’on croyait vivant n’a jamais croisé de vérité. il s’est vautré dans la boue subterfuge, s’est arraché jusqu’à la racine des cheveux
      nul membre du corps ne me sert. et je ne sers à rien, pas même à dieu. je sers l’angoisse et l’angoisse m’en ressert un
      mais ai-je seulement le courage de l’angoisse?

      une bonté si simple, désarmée désarmante, un amour détaché
      ici les christs sont légions – leurs croix balisent les routes, ces rampantes subversions s’arrachant à la forme
      la bouche que j’embrasse me répare mille fois, la bouche que j’embrasse ni ne me crache, ni ne me mange
      elle souffle sur ma douleur

      au bout du compte nous nous aimons, vidés totalement de nous-mêmes, récurés jusqu’à l’os
      n’avoir besoin de pas moins que dieu, rebrousser la lame dans le manche, une éclaircie parfois
      vient briser le paysage
      et le fait jouir

      le ciel me parle entre tes genoux. entre tes genoux l’amour rend fou
      ce que je fus, cette part d’inabsolu en moi, toute vouée au néant, constitue l’essence-même de la déité
      je me rapproche inexorablement de moi, et quand du bord du gouffre je lui tends la main,
      il me la mord…

    5 mars 2019

  • les préambules

      un chien sur les épaules d’un homme
      ne le grandira pas.
      je m’écarte du chemin, ou le chemin s’écarte de moi, il n’y a pas d’universel donc le particulier en soi
      ne relève de rien
      tout alors compte, quand désormais rien ne compte

      du gouffre au sommet et du sommet au gouffre, il n’y a qu’un pas, qu’un souffle, qu’une histoire qu’on se raconte ou qu’autre chose  se raconte à travers nous.
      les yeux bandés je traverse le boulevard. j’ai peur. je sais que je mens. je sais dès lors que je ne mens pas, que mon mensonge ne parvient plus à voiler la vérité, la vérité sans objet

      je ressasse une vie. – est-il déjà trop tard? il me faut choisir une tombe. je ferme les yeux et je m’en remets à dieu. j’en appelle à la lumière interne. j’ai beau m’égosiller à tort et à travers le moineau du buisson ne me
     répons pas. je chante où personne ne chante…

      mon petit doigt m’a dit: mange les barreaux de ta cage ils te repousseront dedans.
      j’allume un cierge en l’honneur de je ne sais plus quelle vierge. un glaçon sur le gland éludera la question
      le mort en moi n’implore pas grâce. le mort en moi écarte les bras, crucifié de lumière

      à la fin il ne reste que dieu, en lequel rien ne finit.
      il n’est dès à présent que dieu, et nos yeux s’écarquillent.
      mon rêve est dieu, mon sang est dieu, ma cendre est dieu – je ne sais plus où je commence et où je finis en dieu:
      d’ici-même dieu renaît à sa propre éternité…

    les préambules
    3 mars 2019

  • or faussement jurait le roi

      vacances. tuberculeuse. on sourira le moment venu de sourire. on se ravisera. vraisemblablement, on se ravisera. on ira à la rencontre d’un tel, d’une telle. on se précipitera vers ce qui n’existe pas, pourchassé par ce qui existe vraiment, comme si on pouvait exister faussement. or faussement jurait le roi

      un chien. son os. c’est bien plus qu’un destin: c’est l’ordre donné au destin. s’oublier comme si mourir de vivre, se soumettre. je ne t’embrasse pas non je ne t’embrasse pas – même en rêve, je ne t’embrasse pas. je résorbe la violence

      un jour j’écrierai un poème. un jour: quand je ne serai que mourir. là j’ai ma bouillotte. ici mon arrosoir. un jour j’écrierai un poème la vérité ne me fera plus peur et donc la vérité ne m’atteindra pas. regardant dans le miroir je ne verrai plus que le miroir. regardant dans le vide je ne verrai plus que moi

      la dernière vie, pourquoi la dernière vie? quelle étrangeté d’avoir honte de son innocence, et d’en vouloir à toute innocence de nous renvoyer à cette culpabilité de l’innocent. un chien ne fait pas le loup. un chien ne se définit que par le fait de n’être pas un loup. un loup quant à lui ne se définit pas. il suggère la présence muette de la mort, la justice sans coupable ni innocent – le visage de ce qui ne porte pas visage…

      d’ailleurs je rentre chez moi. ce qui signifie que je sors de tout refuge, que je m’expulse abondamment. qui ne me recueillera pas sera mon tôlier, ma tôlière, et les enfants de la tôlière. le chien de mon tôlier. qui ne me comprendra pas se prendra pour moi-même – quant à lui déjà loin, arpentant les ombres vives, séquences vides
      des chênes qui s’ignorent…

    1 mars 2019

  • mais que se dire, et qui se toise?

      des fois j’oublie que certains hommes sont des femmes, je ne le fais pas exprès. des fois aussi j’oublie que certains arbres sont des ours, et que les ours n’existent pas. dans les calins d’enfant, à la rigueur. à la rigueur les enfants sont les êtres les plus malheureux au monde mais ne le sachant pas, pour accoucher d’une ombre qui, détroussée du malheur, n’en sera que le savoir – ou le souvenir pieux, sagement horrifié

      tu pleures après quelque chose mais tu ne sais pas quoi, tant la cause d’une chose n’en est que le prétexte, et la douleur vaut plus que la raison de la douleur. tel un cheval sans tête lancé au grand galop. qui voudrait de la tête tranchée d’un cheval dans son lit, et de plus vous fixant?

      je m’arrête là. je reprendrai le train demain, ou le car. tout dépend des distances or la distance est infinie, autrement dit infranchissable, et l’on n’y rebrousse pas chemin. je massacre mon nom au marteau-piqueur, et ce dans l’assourdissant silence de la mémoire. la mémoire en noir et blanc. même pas: la mémoire monochrome. toute de boue séchée, d’alarme veuve. je crie tout en ne supportant aucun écho, à ce cri

      la dernière fois j’étais hier. et je ne suis présent qu’en tant que je me souviens de moi, c’est à dire que je me reconnais. je me suis déjà vu. j’ai déjà reniflé cette odeur. déjà craché à cette face. déjà sombré à l’hécatombe. heureux – nous avons pourtant tous été heureux, au moins une fois. une fois ou deux, qu’importe. qu’importe en effet, à ce stade…

    mais que se dire, et qui se toise?
    27 février 2019

  • misère d’homme

      l’homme de rien promène son chien, lequel de rien promène son homme. ils vont nature prenante. on ne les prend pas en photo: la photo ça rend double

      peut-être quelqu’un est-il venu me serrer la main. peut-être quelqu’un m’a t-il reconnu, par conséquent connu, ou alors m’aura t-il pris pour un autre – l’un n’excluant pas l’autre. peut-être quelqu’un m’a t-il réellement reconnu comme un autre tandis que je n’étais que moi, pour ainsi dire. je lui ai donc tendu la main d’un autre, pour faire court. donc la sienne propre, pour faire encore plus court

      un homme un chien donc se promènent, soleil voilé, et bon enfant. ni ombre ni lumière les choses s’imbriquent d’une certaine façon d’une autre elles disjonctent – on ne définira jamais leur rôle exact dans la partition universelle. dire qu’il reste un espoir ne remplacera pas la mère

      j’abrite un champ battu – par les vents, ou quelque chose de plus. de la précision dans le détail nous titillerait le testicule. on s’en fout si on est ci, si on est ça, on s’en fout si on s’en fout, dieu resplendit hors tout espoir. hors tout espoir de dieu non plus. non plus

      je navigue à vue d’œil. ce pourrait être pire, sans œil du tout notamment. un chien, un homme. lequel des deux est l’un lequel des deux est l’autre. celui en forme de chien probablement fait le chien. l’autre fait l’homme apparemment. la question n’est pas tranchée. qui tranche le lien du chien
      et de l’homme?

    27 février 2019

  • à part une maison vide

      les hommes s’entraînent mutuellement dans la mort, c’est quelque chose auquel ils
      ne peuvent résister. ils rebondissent comme ils peuvent sur ce qu’ils trouvent de mou, de dur ou d’immoral.
      tu ne peux pas t’imaginer à quel point je suis froid en dedans et cassé. un gouffre froid

      notre fraternité chérie, c’est pas les walkyries.
      je cherche un chien – à dire vrai j’attends qu’un chien me déniche, égal sans fortune
      j’ai peur de me réveiller le matin. une fois réveillé, la peur s’accroît encore on sait pas où elle veut en venir

      un petit chien mazout, un petit os à boire – je suis vraiment navré de t’avoir déçue je ne recommencerai pas. je ne recommencerai plus. je démentirai toute confiance qu’on voudrait à priori m’accorder.
      je fumerai par les narines, je pleurerai par les racines…

      je jette des cailloux dans la mare. par principe soi-disant, ou par simple désœuvrement. je crois n’avoir fait ni ne pouvoir mieux faire que de jeter des cailloux dans la mare, si ce n’est par principe, au moins par désœuvrement

      affabule et moi. nous sortons le tison de nos propres entrailles, ayant remué remué, attisé attisé. à l’heure de rendre son âme que rendrons-nous donc. cette heure comme à toute heure, et toute heure ne rende rien

      il fait si froid dehors. on se croirait tout en-dedans…

    à part une maison vide
    25 février 2019

  • du fait de ma triste raison

      ose et reviens. touche-toi le sexe apparemment, pour ne pas tomber et te dissoudre dans le néant-néant. accroche-toi à la barre, crache sur la pluie. elle te le doit bien ça, la pluie.

      j’ai lumineusement ôté mes pompes. alors j’ai pu m’étendre et de ce fait un lit me fut conté. un sombre paillasse. j’ai du pleurer toute la nuit. et tout le reste de la nuit aussi, j’ai du pleurer.

      tu ne dis quasi rien. juste tu répètes après moi. par exemple que tu as noyé la cour de récréation. que tu t’es immolé par le feu mais le feu ne prenait pas. allumette mouillée ou je ne sais quoi. immolé par un feu mouillé.

      creuse un trou. heure après heure, âge après âge, creuser un trou. toujours le même trou. creuser toujours le même trou – son trou. ce doit être du sable ou du vent, car de trou ne s’ouvre toujours pas. ni sur rien.

      il faudra prendre de la hauteur. monter sur une chaise. peut-être même battre des ailes si seulement on avait des ailes. s’enrouler une corde autour du cou. ou descendre reprendre un bout de tarte. ça revient un peu au même. un peu oui, mais pas trop.

      sinon il vaque à pas grand chose. à ces petits rien qui s’amoncellent dans un coin de sa vie. mise au coin de sa vie. « sa vie », ça sonne bien. c’est pourtant d’un autre son qu’il s’agit, résonnant étrangement quelque part de dans les murs ou sous le lit. du moins sous le lit, je crois.

    24 février 2019

  • ces féroces soldats

      je suis ma conscience signifie que la conscience est l’être su je, et qu’ hors la conscience le je n’est plus concerné, n’étant plus celui qui est, ou ce qui est n’étant point je. et c’est très grave.

      le temps est long par définition, et je ne rentre pas chez moi. on fait tout ce qu’on peut mais l’éternité ne semble pas décidée à s’investir toute dans le temps, court par définition.

      il neige et là c’est tout carbone. je rentre, je rentre, je rentre tout le temps or je ne m’y reconnais pas ceci n’est pas chez moi – ceci est le cercle-même de mon exil forcé; ceci est mon dehors intime; mon intrusion dans l’expulsion.

      on appelle ça mourir mais il faut dire « résorbé en dieu » – ça fait plus propre. au bénéfice du doute, quelqu’un s’en fout. quelqu’un s’en fout de toute façon.

      laisser cela cheveux par terre, tomber. ta vie est presque moche, ton petit soupir en coin. alors ne viens pas dire: ceci ceci, cela cela. non, ne viens pas dire si c’est pas dire pour rien; ou ne rien dire.

      mon cheval a sommeil. sans doute n’a t-il jamais su lire dans les étoiles; ou même tout court. mon cheval ne sait pas lire, ni dans les lignes de la main; entre les lignes tout court.

    ces féroces soldats
    22 février 2019

  • l’ordre des grandeurs

      tel un veuf. tu viens de dire que tu ne recommenceras pas. d’après toi les gens se changent en grues, debout sur une seule patte. matent le vide

      ce qui est sans dehors, sans dedans, s’est emparé de moi. me pousse, me tire-larigot. a pris possession de mon âme. mon âme sans dehors, sans dedans

      il faut qu’un homme dise « assez », et tous de cesser. il faut qu’un homme dise « allez », et que tous s’en aillent. il faut qu’un homme dise « je suis vous », et tous alors le mangent

      une seule porte d’ouverte. toutes les autres sont des murs manquants, des porteurs d’abîmes. une seule porte d’ouverte et je reste devant elle, figé d’avance

      aller contre le vent. la difficulté amplement compensée par la vivifiante panique d’une solitude à toute épreuve. on s’embrasse quand même, à divers endroits du visage ou du corps

      ce qui n’est pas nécessaire me saoule. ce qui est nécessaire m’exaspère. la corde raide traîne à terre. je la ramasse, elle ma rattrape…

      avant le terme je saute du train. je suis ainsi sûr de progresser sans fin. mais je ne vais pas refaire le coup. non, cette fois je ne referai pas le coup

    20 février 2019

  • sidéral golgotha

      et les abandonnés s’abandonnèrent eux-mêmes – ils n’auront pas de refuge…

      « tout est à vous », et quand le pont s’écroule. c’est soi qui tombe en miettes à la première occasion – baiser volé, source de friction

      la porte-à-côté ne ferme pas à clef. d’ailleurs je n’en garde la clef. la porte-à-côté quelque part se dérobe

      rien de plus débile qu’un destin, n’importe quel destin. y échapper écartera les doigts – ce qui en glissera en glissera d’autant

      sun dedans. un astre malgré tout demeure, indéfectible. un fond inamovible. qu’un vent levé dès lors ne retombe…

      on ne rentre donc pas à pied. tout cela s’effectue dans la plus troublante immobilité. on appelle au secours – il faut bien qu’on appelle au secours – mais le secours s’est fait la malle

      où va le poids perdu? qui charge t-il, qui va t-il retenir? personne n’oublie l’adieu: seulement de disparaître…

      en concordance des temps, en (gentille) concordance des temps. s’asseoir dessus.

    sidéral golgotha
    19 février 2019

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