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assis là sur un banc


  • largement de mon absence

      sous le régime de l’insécurité sociale, existentielle, ontologique… sol dégradé, très dégradé – la voix passe au travers

      la consolatrice. celle qui nous réconcilie à notre douleur. qui souffle sur le mal intérieur. en atténue ainsi l’offense…

      la plus compliqué: garder l’équilibre. tenir debout sur presque rien. sur même rien du tout. éviter de retomber au stade où la douleur fait de vous une bête…

      il faut chuter oui mais à l’envers: dans la gueule de dieu. j’ignore comment on s’y prend – on s’y prend à l’envers, j’imagine…

      quelques mots comme des plots, comme des flocs, des flotteurs qui nous empêchent de couler et qui nous font prendre les mouettes carnassières là-haut pour une nuée de chérubins béats

      il y a une résurrection. sans doute se confond-elle avec la mort. ou la mort en est-elle l’amorce

      vois je n’ai rien à dire – qu’à maintenir le cap, me faufilant entre néant et dieu. qu’à rendre à la marée le sable des châteaux…

      éviter surtout les questions essentielles – genre dans quel trou on tombe; ou la crucifixion sur pied…

    20 mars 2019

  • la nuit selon personne

      il y a des années, disons, il y a des années, des choses qui ne meurent plus

      vivre souffre, un homme avant.
      j’ai perdu toutes mes jonquilles, qui donc a piétiné
      toutes mes jonquilles?
      c’est pas moi, c’est ps le sol c’est pas l’arête
      c’est la merde au pays

      l’homme est la tombe de l’homme
      alors il creuse, il pelte – il grave son nom
      sur l’abîme frigide

      je t’embrasse là, juste derrière l’oreille, où il n’y a pas de poils
      j’ai peur pour moi j’ai peur pour toi, j’ai peur pour tous
      cela ne semble rien, c’est pourtant bien un champs
      où s’essaiment…

      ma nuit donc et partout se promène.
      elle rêve de toi

      ne pardonnerons-nous pas à dieu d’avoir créé, donc d’avoir tout de même servi à quelque chose?
      on entre en dieu quand tomber amoureux ne suffit plus, par exemple
      à cloche-pied sur une seul jambe

      ou sur une seul jambe

    la nuit selon personne
    18 mars 2019

  • le pommier vide

      il ne me plaît pas de te regarder en face
      transcendant récidiviste, petit chien rase-partout
      et pisse-debout

      il y a une horloge à chaque mur et certaines fenêtres sont des horloges à part entière.
      elles (qui d’autre?) cassent leur jouet en mille morceaux, affligeante multitude
      elles baisent le bitume

      calibre ton mouchoir, à la mesure de ton renoncement.
      le reste du temps reste chez lui, non, oui, chez toi, en lequel tu marches à l’envers, cent pas à pas
      n’est pas d’accord

      ni un mur ni un gouffre (μπρος γρεμος και πισω ρεμα), le mur suspens de dieu.
      le quotidien végète, déambule crâne rasé, mange des nouilles
      et lorsqu’il ne pleut pas, lorsque d’un jour s’en tape on oublie
      le mot de passe…

      je viens couler ma vie dans un parfait néant
      m’appelle une femelle, me fait toc toc toc à la vitre blindée
      la voix ne porte pas, qui traverse d’un trait le vide sans ciller

      ils (mais qui donc?) reviennent ailleurs, d’ici vers l’ailleurs, traînant derrière eux l’idée d’un retour impossible
      il manque quelque chose, comme du sucre au malabar mille fois remâché, une ouverture,
      quelque chose qu’on ne salisse pas

    17 mars 2019

  • tout comme un monde en boucle

      mourir se referme sur moi
      il y a un dieu, quelque part et qui me cherche, comme à tâtons
      peut-être n’en aurai-je pas le temps, l’instant-clic – le départ à l’oubli…

      il faudra les jeter un à un par-dessus bord, les mégots…
      ne change rien au jour qui change, pas une ride, une fissure
      sur le mur d’en face, pourtant si intérieur…

      tant que le pire est certain, dieu ne serra jamais loin, il parle sept langues dans sa bouche
      et nulle part ne s’y distingue
      de quelque part

      je voudrais enregistrer le temps
      où l’on parle pour rien, ou même de presque rien
      quelqu’un s’habille, se déshabille: il est toujours aussi nu
      il fait toujours aussi froid

      j’ai la main morte, rien ne sert de la prendre, de tendre un doigt à prendre
      quand tu te décides à appeler de l’aide il est déjà trop tard, roland des lézard blancs
      nul ne t’entend plus, nul son ne sort de l’arc

      le sauveur s’est rasé la barbe ce matin – comment dès lors le reconnaître?
      juste une joie, une joie malhabile sans doute mais une joie debout, une joie qui fait joujou
      avec un truc chargé, non chargé – ça, l’histoire nous le dit pas…

    tout comme un monde en boucle
    15 mars 2019

  • essence de la pensée, ruine donc toute pensée

      par ci, par là, un minimal
      traverse mon champ de vision
      – vole t-il à vide ou s’effraie t-il
      d’un autre son
      de cloche?

      ici s’arrête ici, quand là commence ailleurs
      on n’en fera pas toute une histoire mais quand même: quelques mots feront
      osciller la triste, oh si triste
      ligne d’horizon

      je pars par ci, je pars par là
      qu’importe le sens: l’espace
      ouvre un trou dans le nulle part
      il s’agit non de revenir, mais de ne pas
      disparaître
      tout à fait

      un voleur à ma porte
      m’a t-il volé ma porte?
      quelque chose s’efforce
      de traverser la nuit.
      il fait plus froid la nuit.
      le jour n’est pas certain

      vieille chaise
      vieux silence
      vieille chaise et vieux silence, l’un s’as-
      seyant sur l’autre
      chantonnant, titubant presque
      sur place
      vieille place

      je m’envole pas.
      une pierre lourde dans
      la panse.
      un jour sans nom
      passe
      repasse
      comme s’il avait
      oublié quelque chose – mais quoi?

    13 mars 2019

  • selon toute apparence

      celui qui, ne supportant pas la finitude de sa conscience, s’insurge contre sa condition, la pénultième
      celui qui, ne sachant se résoudre à la disparition, s’interdit de paraître, alors qu’un simple signe de tête en eut brisé la chaîne
      celui enfin qui, lacet défait, s’embourbe dans la pensée sans fard
      et sans suspense…

      les dés en toute innocence dansent sur le chaos – un sourire léger flotte aux lèvres du néant
      on croirait qu’ils s’embrassent or ils ne s’embrassent pas, ils
      recyclent le vent, tout simplement

      parfois un trou
      suffit à faire jaillir une source, parfois un trou
      suffit à engloutir tout un
      océan – c’est pratique

      je ne nie ni ne réprouve quoi que ce soit – j’erre d’un œil droit, passablement abstrait
      à l’œil gauche et vice-versa, évitant soigneusement
      l’écueil, le récif, l’épineuse question de l’oursin sous la vague laquelle
      dérive à tout instant d’un œil gauche, pris de léger flottement
      à l’œil droit et in-
      versement

      toucher n’est pas jouir, c’est du moins ce que j’a
      vais cru comprendre retirant d’instinct mon é
      pingle du jeu, ce furibond. quelque chose au fond du lit m’a mordu toutefois – prétendument un sexe mais c’est un fake, une a
      raignée dont le sens n’est plus de séduire ni même d’occire, mais d’en
      venimer la plaie…

    selon toute apparence
    12 mars 2019

  • énucléation

      un chien parmi un chien
      se retient de l’aboi. qu’il est étrange
      de vivre, plus encore d’y penser – je ne suis
      l’homme de personne, et c’est en l’homme que je ne me reconnais pas, et c’est en dieu que l’homme
      se reconnaît en moi
      lequel n’y ressemble

      je ne me parle plus. ou alors de travers, à tâtons et en off
      je suis seul à présent, et pour l’éternité seul – j’ai trop mal pour mentir, trop tort pour avoir mal
      un chien m’a crevé l’œil ce n’était pas
      un chien d’aveugle cependant

      depuis la mer on voit la mer, or la mer ne veut rien, aveugle et sourde à toute douleur muette ou perçante
      la douleur est le seul contact authentique que je puisse établir avec moi-même: la douleur ne ment pas
      dieu-le-sans-douleur douloureusement s’épanche sur ma douleur, ainsi suis-je la douleur d’un dieu qui ne connaît la douleur qu’à travers moi
      du coup je dirais pas que ça se fête, mais quand même…

      un chien me crève un œil, je lui tends l’autre: qu’ai-je besoin de voir?
      que tout vaut d’être vu n’implique pas que voir vaille quoi que ce soit, alors je pisse un peu partout, au hasard
      un peu à l’est, un peu à l’ouest
      sur un genou de femme ou contre un mur de briques
      un peu par terre en me grattant la couille
      un peu en l’air aussi…

    11 mars 2019

  • ils ont connu le noir amour

      les hommes désormais vivront seuls.
      avec leurs mains sur leurs genoux, leur langue dans la bouche. les hommes désormais
      ne se mordront plus les lèvres d’angoisse, ils ne savent pas ça, ils ne savent plus
      où se tourner pour ne pas se croiser

      on peut mourir autant de fois qu’on veut, jamais oh grand jamais on ne
      ressuscitera.
      ou alors pour faire semblant, dans un faux bruit de couvercle, on se dira qu’on a raté le coche, qu’on s’est
      trompé de porte
      – ce genre de choses…

      on ne recense plus les bras. on ne recense plus les nerfs qui tendent ces bras, les ordres qu’ils transmettent aux mains en bout de bras. on ne s’adresse plus
      aux illégitiimités. on supplie. on sait que ça ne sert à rien mais on supplie
      parce qu’on sent, à la racine-même de sentir, que supplier
      éclaire le néant

      ma mère tape du tambour
      laquelle de mère oh tant de mères – mille faces convulsées de mère…
      par où commencer à se noyer? je
      suis une ophélie. je suis deux ophélies. puis trois, puis quatre, des milliers d’ophélies
      tant d’ophélies qu’elles encombrent le courant, et qu’on n’a plus qu’un lit
      d’ophélies suffocantes, frétillantes, exultantes – de cassandres secouées sous les coups de boutoir du
      violeur institutionnel

      chacun meurt dans sa tombe et dieu ressuscite de chacune de ces tombes.
      et l’esprit, ou la culpabilité de l’homme, s’enquiert désespérément de sa pureté :
      il pleure, il pleure, nulle innocence ne venant
      le consoler de soi

    ils ont connu le noir amour
    9 mars 2019

  • à laquelle je ne pense pas

      celui qui se rebelle, une fois mis hors combat, regrettera son ombre
      il se mariera c’est certain, à une image au/en fond de soi, placardée à même la veine, le compost cellulaire
      il en va de ci, de là, mais toujours autrement

      je ne recommence nulle part. je ressasse le nom dans l’espoir d’une moindre consistance à l’esprit – l’esprit tombe des nues
      je me lève avant, je me lève après – vivre pendant reste au-dessus de mes moyens, diminués par les effets indésirables d’une originelle fausse couche

      il le sort de la tombe comme ça, d’un claquement de doigts, d’un clignement de l’œil
      et qu’est-ce que j’aime l’amour, pense t-il en se tortillant le zizi
      d’ailleurs je voudrais être mort, parfaitement translucide, sans souvenir de moi
      actuellement je me trouve, comment dire… fort démuni

      quand je me tais enfin, la voix n’ayant plus d’âge…
      rien que t’embrasser te violerait, rien que l’idée de t’embrasser
      te souillerait. je m’abstient donc – depuis l’éternité donc je m’abstiens
      un ciel ressemble à un ciel. on voudrait mourir assis, trouvant en cela un bon compromis entre station debout
      et posture rampante…

      ciel je m’en encombre. je regarde devant et le devant s’enlise
      l’homme sans travail, noyé dans son propre souffle, récitant de travers,
      l’homme réagit mal à la peur qui s’installe, à l’idée qui l’ausculte – il voudrait y échapper il n’y
      échappe pas

    8 mars 2019

  • la mort l’aime

      recommencer à zéro c’est toujours revenir à soi. la tombe du si peu d’amour ouvre les bras à dieu – ce qui reste quand il ne reste rien…
      cet éclat-là, ce noir absolu dont l’éclair déchire notre perplexité
      plus incroyable encore que de mourir: avoir été, être apparu mirage carné
      j’en crains l’inconséquence…

      neige après neige, terrain conquis…
      frappée au front l’étoile du néant, je traverse le temps
      le retraverse en sens inverse sans n’avoir cependant fait un seul pas
      il n’y a plus d’être en nous que l’amour qui s’effondre

      silence on s’émerveille, de ces seins nus sous les pulls rêches
      quant à celui qui toujours nu, qu’aucune maille ne raccorde
      j’aspire à autre chose qu’au moi raide, tombe immonde et blasphème contraire
      nulle clarté ne vient inonder mon village

      seul un décor s’écroule en moi, zone franche d’un universel en totale déroute
      je pêche avec ma canne. et quand ma canne se rompt ou se noie dans le courant je pêche alors sans canne
      je grave mon testament dans la neige simulacre – rien, je ne posséderai jamais rien

      lève la tête pigeon mort. sur les toits le ciel s’ennuie, la vie me pèse. il n’y a d’autre veuf que le mort-même
      et la mort m’aime.
      je ne me parle plus. c’est quelque chose de plus profond que moi qui parle et qui dit moi, qui dit quoi – qui dit que la mort l’aime…

    la mort l'aime
    6 mars 2019

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