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assis là sur un banc


  • le peu de gens sont morts d’amour

      la flamme tue la mouche, c’est fatal
      la lumière naît du néant, mais de quoi le néant naît-il, si ce n’est de ma peur de la perdre?
      la lumière naît de ma peur de la perdre
      dieu: la peur à l’état pur

      je marche dans le vide et chaque pas en brise l’éternité. j’ambrasse sur les deux joues ma cousine, j’embrasse sur ses deux mamelles ma cousine. ma cousine me dit: je suis la croix en toi

      la douleur suggère un dieu en nous, la simple mécanique ne pouvant justifier la douleur
      seul un dieu souffre en nous, écartelé entre sa propre infinitude et la condition finie de sa manifestation
      autrement dit tout parle de soi tandis que soi
      regarde ailleurs, distrait d’un rien

      je ne suis jamais venu, je ne suis jamais parti
      où et d’où que ce soit. les murs, les toits, les paysages se sont peu à peu érigés autour de moi
      lesquels présentement se désagrègent – le cul nu d’exister en dernière instance
      cet appel alors, de partout tout à la fois,, n’était donc que le reflet de mon regard dans l’angle mort
      de mon carreau…

      à quoi l’univers servirait-il? à quoi le rien servirait-il? à quoi être servirait-il? la pensée du tout ruine le sens – c’est le néant de dieu, l’abîme de conscience
      nous descellons les cercueils. la mort s’apparaît à elle-même, ahurissant miroir et larme sèche
      l’amour ne sera plus que la vague nous emportant

      ils demandent qu’on les aime comme si cela pouvait leur suffire, comme si cela au contraire ne les divertissait pas
      de leur seule et aimante
      déraison d’être

      à ceux qui au fond d’eux veulent mourir – ou plutôt ceux à qui la vie ne peut suffire, ceux que leur condition entrave douloureusement
      à ceux-là sans espoir, à ceux qui ne savent pourquoi, ceux n’ayant intérêt à rien: ces purs glandeurs de l’absence éternelle…

    5 avril 2019

  • dormir à deux

      qui coupe la poire en deux… n’en aura qu’un morceau.
      c’est avec fureur que j’avance vers dieu, contraint par l’odiosité de toute fausse route fausse couche de route, et les dents de travers
      toute ma vie souffre de cette inutile tension

      il y a des osselets dans la main: quatre gris un seul rouge.
      tu pleures à l’abandon, et l’abandon te suit, te rogne la queue.
      quatre gris un seul rouge – avant qu’ils ne touchent le sol je récupère mon geste
      je ravale ma langue

      les gens ne sont pas saouls ils titubent tout à fait gracieusement (sans intérêt perso).
      je me parle de bonheur, ce qui ne répond pas à la question.
      je l’ai déjà croisé quelque part, ce regard paradoxalement glacial
      et empli de pitié…

      une heure entre deux heures, à l’intercale, lesquelles entre deux heures encore, et ce jusqu’au péché originel d’un côté, à la condamnation définitive de l’autre.
      pas grave, j’irai pêcher ailleurs, un peu plus loin en contrebas si nécessaire
      pêcher sans canne ni appât, pêcher sans réelle conviction
      ni rivière au demeurant

      radio ouverte à tout néant, ou dans l’intimité creuse du tombeau
      voix dérisoire en continu, rayée railleuse et éraillée – morceaux choisis d’un continent perdu
      voix off, voix on
      par procuration mastectomie…

    dormir à deux
    3 avril 2019

  • du fruit défendu les épluchures

      dormir oui, s’endormir oui, et de plus en plus tôt
      et de plus en plus tôt dans la nuit cryogène: veiller – c’est à dire dériver hors hypnose
      or y a plus rien à rêver, plus rien qu’à se débattre dans le grand silence, persévérer
      dans l’exclusion

      je regarde tout là-haut et je ne sais rien de ce que tout là-haut s’endort. ça me donne le tournis sur place
      exister marche sur des œufs. on ne peut pas tomber d’accord

      le large cercle
      les petites bavures noires
      j’arpente mon jardin. je hais mon jardin. ce jardin-là
      n’est pas mon jardin. je n’ai pas de jardin. je hais tous les jardins
      sauf les jardins publics, ça va de soi

      la nuit me mange dans la main
      plus exactement, elle vient picorer dans ma main
      les grains dans le creux de ma main
      – grains de sable j’imagine, mais dont chacun contient au moins un mirage et demi

      il y a des parts où l’on s’emmène, il y a des parts où l’on s’ennuie
      et les parts nulles se résolvant à nulle part.
      j’aboie vers toi mon silence, écho muet, réversible mémoire
      ce que j’attends ne viendra pas, ni même la mort

      il y a des puces elles crient le long de mon sommeil. une goutte de sang les repaît
      des draps blancs nous avons fait des serpillères, des draps rouges nous avons essoré jusqu’à la
      dernière goutte de sang

    1 avril 2019

  • d’ailleurs

      d’ailleurs  d’ailleurs
      d’ailleurs c’est une mer, un accident

      je couche une prière, je couche partout

      d’ailleurs les gens s’en foutent
      et les lucioles

      d’ailleurs…

    d'ailleurs
    30 mars 2019

  • love, love, love

      j’irai là-bas
      maintenant que je ne suis plus rien, j’irai là-bas nulle part
      j’irai nulle part
      maintenant que je ne suis
      nulle part
      je resterai correct, les lèvres sèches, le slip crépusculaire
      j’attendrai qu’on me dise

      dieu y a pas d’pognon, non, y a pas d’pognon chez moi
      on vit à perte, c’est l’éclat le plus pur
      le feu d’artifice d’une prise sans bastille, juste au milieu des champs
      – la mort dans l’âme, on vit pas

      tout mène à dieu, sauf dieu
      lequel mène à tout, et ne s’en prive pas, ne s’en porte
      pas plus mal, du moins on le suppose
      il est des bleds par ci, des bleds par là, disséminés de par le paysage
      – les humains parlent entre eux

      la mort est-elle aussi évanescente, insipide, insignifiante que l’existence?
      je cherche mon cheval mais mon cheval il est pas là – on ne se retrouve jamais nulle part, moi et mon cheval
      sans s’en apercevoir, on finit par avoir définitivement
      renoncé à soi

      un chien m’aboie dessus. il est con ou quoi. j’aime pas ça
      je m’embrouille avec les machines, je m’embrouille avec les gens, j’ai la nostalgie des lieux où la mort pousse un cri de joie, et notre déchirement
      fonde la réalité – je suis vivant, de tout éternité je
      suis vivant, un œil dedans

    29 mars 2019

  • le réflexe pubien

      et puisque rien ne commence, la question close et l’affaire entendue – ainsi errais-je, du genre non-advenu, ou victime d’un simple malentendu…
      te touche la joue, mais la joue seulement. te touche les cheveux pas exprès.
      puis te crache à la gueule, comme on crache à la gueule des justes, des crapules ou des morts, toi qui n’es rien de tout ça apparemment mais juste une femme
      rien qu’une femme
      au moins une femme

      je ne banderai plus
      un peu comme on arrête de fumer, quand on est fumeur avéré
      si on ne fume pas, évidemment…
      je passe mon temps à tenir en main des coquelicots, qui perdent leurs pétales avant qu’elle ne revienne
      – les filles ça met toujours un temps fou à faire ce qu’elles ont à faire, on comprend pas pourquoi
      personne ne comprend pourquoi
      c’est comme ça pis voilà

      j’ai tout le temps
      je ne m’ennuie pas, justement parce que je m’ennuie tout le temps
      et tout le temps c’est le temps qui déborde du temps, et ne sait plus quoi faire
      je ne sait pas quoi faire
      je ne sais pas quoi faire à part ne pas savoir quoi faire. je ne supporte plus de faire.
      je tire la langue, je rentre la langue. finalement je rentre la langue

      un dieu me gratte le dos, quand c’est le dos qui gratte.
      on se cache derrière les arbres, on pense que cela pourrait nous protéger
      tout comme les abri-bus, ils abritent de la pluie, du vent
      la mort sert de refuge, le refuge en la totale nudité, l’inac
      cessibilité.
      c’est une rumeur glaciale, un écho ténébreux – on ferait mieux de ne pas l’entendre…

      la dernière fois que je me couche sur le côté, que je pose la joue, la tempe sur l’oreiller
      ou quoi que ce soit d’autre, à défaut d’oreiller
      on va pas faire d’histoire à propos d’un banal oreiller. on ne va pas faire d’histoire du tout.
      j’ai désappris. le plus beau a finit par s’enlaidir – alors j’ai désappris
      je suis plus soulagé comme ça
      avec ou sans, en ou hors la réalité

      reste couché
      debout ou bien sur le côté, reste couché.
      noyé dans l’éternité, malgré qu’elle fuie de partout, l’éternité…
      je me sens vivant mais vivant de quoi, vivant de rien.
      la porte ouverte, les murs tombés, le toit comme soufflé. il ne pleut pas
      pour une fois qu’il ne pleut pas
      mais puisqu’on te dit qu’il ne pleut pas

    le réflexe pubien
    27 mars 2019

  • retomber sur ses ailes

      je me promène avec mon chien.
      – mais tu n’as pas de chien, s’étonne mon frère
      – et toi tu es bien mort, alors de quoi me parles-tu, comme on dit dans les livres.
      par ailleurs ça ressemble à son chien. je me demande
      si le chien de mon frère mort vit encore
      j’ai oublié son nom
      mais pas celui de mon frère, mort lui aussi…

      c’est la montée des eaux
      lente, vigoureuse montée des eaux…
      il faut bien faire attention à où on éjacule
      éjaculer au bon endroit requiert tout son sang froid
      nager à reculons de même, quand la mer se retire
      or là on n’a pas l’impression qu’elle compte se retirer, la mer

      j’ai toujours dit crève un sou, j’ai toujours parlé comme ça à qui voulait, ou non, m’entendre.
      les jours s’accumulent, en un jour de plus en plus nu, à la limite de la transparence
      la transparence c’est d’être sans limite, me fais-je la réflexion
      elle n’y trouve rien à redire

      midi m’achète des frites
      ketchup ou mayo, m’annonce la couleur.
      ai-je encore la vie à perdre – je te caresse les seins, ou la nuque, je ne sais plus dans quel ordre
      je pense entièrement à rien
      je sens intimement le rien penser à moi
      je ne suis rien d’autre que cette pensée là du rien

      il faudra libérer les esprits pour d’incommensurables néants, se dit le fils de la beauté saccagée.
      ma mère quant à elle était très belle, elle a tenté de se suicider l’autre jour
      je doute que c’ait été dans l’intention de rejoindre mon père – se souvient-elle seulement de lui, brève amour de jeunesse?
      se souvient-elle seulement de moi?

      je reste là contre mon corps, léger tourment.
      je suis toujours étonné de vivre, de faire partie des vivants
      je m’aperçois soudain que nous avons tous perdu nos mains – rien ne dépasse de nos manches
      seuls les sexes débordent de leurs gants, et traînent mollement sous les regards lâches et indifférents…

    26 mars 2019

  • très belle ombre après moi

      une large vitrine
      une simple et large vitrine.
      un beau pavé
      un lourd et beau pavé.
      un homme en moi se fracasse t-il, ou se fait-il l’écho de ce fracas
      un ami de cet homme m’a t-il demandé du feu, si par hasard j’avais du feu
      – à quoi donc le hasard s’amuse t-il?

      j’esquive la question.
      j’esquive tout ce qui peut s’esquiver.
      cela ne suffit pas à tracer une route, mais aligne des pas l’un derrière l’autre
      l’un devant l’autre également
      jusqu’à ce qu’un jour l’image ne surgisse plus sur le miroir glissant
      et reste collée au fond…

      il avait beaucoup neigé les jours précédant celui de mon premier mariage
      cinquante centimètres
      on a du creusé un chemin de la maison à la mairie, lequel se trouva verglacé le matin du dit-jour.
      quel temps fera t-il lors de mon enterrement? devrai-je à cette occasion
      sortir mon parapluie?
      cette fois je n’inviterai personne. une rakia pour les quatre porteurs et basta!

      un homme se dit blessé
      un homme se dit toujours blessé, sans quoi il ment.
      on ment tant il est dur de s’avouer blessé – dur et blessant
      on se coupe le doigt
      on fait aïe, on crie eh merde, on gueule putain. ça pisse le sang
      le temps de se dégoter un pansement, on en fout partout, du sang.
      mais ce n’est pas de ce genre de blessure dont je voulais parler

      un ami porte mon nom, la sainte croix – du coup je lui jette une pierre.
      je ne veux pas d’ami, je n’aime pas les amis: quand je croise un ami je lui lance la pierre
      la première pierre venue, et je vise la tête
      la première tête venue, qu’elle ne revienne pas.
      qu’on ne me fasse pas chier avec des amis, moi qui aime tous les humains
      tous les animaux
      et les paysages vides…

    très belle ombre après moi
    24 mars 2019

  • il y a des villes, des poussières…

      j’attends le miracle; j’épie
      que le miracle se produise ne fait aucun doute, mais saurai-je avant tout le distinguer, le reconnaître comme tel dans la foule des non-lieux et faux-semblants égrenant les jours sans?
      le miracle est permanent – seul le regard glisse et ne se pose pas…

      tout tourne, le vertige arrache ma chemise, déboulonne un cercueil
      il n’y a plus rien à dire de soi, que disparaître dans un effet de miroir dévoyant, renvoyant dos à dos l’essence
      et le lacet défait…

      elle regardait ailleurs. elle ne m’a pas vu peu à peu m’estomper derrière elle, se rassurant de ma simple image, papier froissé, glacé décoloré
      elle perdait l’essentiel pour d’insipides babioles…

      il n’y a rien là-dedans qui soit pour moi. j’ai du avaler toute une route, et jusqu’au moindre gravillon débordant sur les champs…
      on ne se reconnaît pas. on ne se reconnaît plus. on passe la main au travers du visage mais c’est une manche sans bras – pire même et par l’endurcissement des cœurs: un homme sans accent…

      eurydice à la mort
      vouée non par un serpent, mais de ne t’être pas retourné, ne pas l’avoir contemplée ne serait-ce que dans le cadre du petit miroir de lune que l’on porte par précaution en lieu et place d’un troisième œil et qu’on finit par rendre et jeter
      au courant des nuits froides…

    23 mars 2019

  • dormir au bout ne se réveille t-il pas?

      cette armée de phares jaunes déchirant la grande bouillasse, transgressant la règle de plomb de l’insignifiance, l’absurde condition faite au renard ambré

      quelle forme prendra le temps qui passe, hors conscience ou dans une conscience hors temps? une sorte de caillou – une sorte de caillou ordonne nos faux pas, nos faux nez de tristes sires, nos fumeuses fausses couches…

      quelle étrange manière que le déni de grâce, l’évacuation systématique du miracle ou l’imperméabilité à toute transcendance… suffirait-il à petits mots d’éroder le rocher, à petits pas de débouter l’absence inique…

      une fois trois fois j’ai le jour à côté – il me faudra réitérer l’acte originel, défrichement virginal. ou regarder de l’autre côté, comme si de rien n’était et vraiment l’air de rien, respirer par le nez

      une fois la ceinture mise, les homme pleuvent un petit peu, s’appuient sur les talons et remuent leurs labiales, marmonnant quelque prière incongrue, faisant mine de s’extraire du contexte

      quel espoir en une roue sur elle-même emballée? je me passe de l’un à l’autre, et soudainement lâché dans l’espace nu – pour toute aile le vertige, c’est à dire à tout rompre l’angoisse sous vide…

      rivé à la grande souffrance – mon petit père m’a dit… crève les yeux ouverts, rêvent les yeux fermés, garçon creusé d’inaimables ruptures, piégé là comme un con
      dans l’incommensurable…

    dormir au bout ne se réveille t-il pas?
    21 mars 2019

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