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assis là sur un banc


  • hors réseau

      servir de vide, mais c’est sans compter la nuit tue.
      aura t-il suffi de n’être pas devenu méchant?
      à l’abri de la pluie, rien
      qu’à l’abri de la pluie
      déjà ça

      on meurt. ça ne s’intègre pas.
      vivre de substituts, la vie se substitue
      on soulève l’écuelle: rien sous l’écuelle non plus
      marcher plus loin ne décollera pas d’ici, nulle part

      de moi tu tournes le dos, et le dos tout entier.
      c’est une vue d’ensemble qui ne sert à nenni, les yeux vont à l’envers
      les globes se renversent
      le son me pend aux lobes, du cri désaffecté

      qu’est-ce que nul, qu’est-ce que nul en ma verve, le tuyau sec.
      insère un pas forcé dans la marche funambule, insère un j’ton
      ma mère est réciproque, ma vie ne tient plus qu’à un soupçon
      voire un soupçon de trop

      alors il vaut mieux pas
      si c’est pour se retrouver dent contre creux, autant pas refermer.
      tenter l’escarpe, se la
      filer douce
      toute douce

      tu taches la route
      ce qui ne meurt ne meurt pas d’aussi près – tu taches, tu taches le bout.
      il y a peu encore, j’aurais osé nacquir, il y a peu pâques m’eut changé d’avis.
      en post-éternité, voguons…

    hors réseau
    20 avril 2019

  • partir dead

      regarde-les bien: les enfants
      sur leurs épaules fluettes arborent
      des têtes de mort.
      et c’est moi, toi, lui elle et nous, la mort dans la tête surplombant de
      nerveuses génuflexions…

      on s’embrasse comme ça, s’éjectant un liquide visqueux dans la bouche.
      il y a fort longtemps que l’on vit en marge de toute vérité, des cernes sous la rate, le pays d’un vaste non-dieu
      – s’entêtant à survivre

      en mode survie lâche, du lest et la salive
      tais-toi
      profondément tais-toi
      à travers et par-delà même l’épais silence – joue aux images un peu
      peaux mortes…

      où donc ressusciter? les eaux sont toutes rouillées, l’usure vient aux genoux.
      j’apporte un semblant de pluie à ce qui respire encore, pourquoi cela respire encore
      quitte le navire, en marche ou avant l’heure…

      l’appartenance à quelque chose qui tremble. l’appartement vide
      on ne fait plus la poussière…
      un homme ne se prend même pas pour cet homme-là, il se trouve en
      sous-effectif
      au mauvais endroit de surcroît, ou alors cet endroit
      sent mauvais

    18 avril 2019

  • raison d’étreindre

      sans autre nécessité que de savoir qu’il n’y a pas de fin, jamais et que chaque chose est à soi-même
      sa propre fin, c’est à dire la fin de rien, je me branche
      sur une prise de lumière

      et si ce n’est pas vrai qu’importe? allons-nous nous arrêter à si peu, au vain prétexte de la vérité pure vérité?
      je t’embrasse sur la bouche et tu me réponds non
      non c’est non. non c’est oui quand même, oui mais d’une autre façon, oui sous un autre rapport

      ça ne regarde personne – c’est à dire tout l’univers, tout le creux de la noix, le brisant de la vitre: l’air quantifié
      qu’on respire par le nez

      on mange mais quand on mange qu’est-ce qu’on mange?
      je me suis assis sur la terre et là ai-je attendu, ai-je attendu longtemps
      que me poussent des ailes…

      le grand cramé la grande fourrière, la longue gouttière à boire!
      l’homme sans: sans mazurka de prime abord, sans prime abord, soit dit à l’os
      l’homme à l’os

    raison d'étreindre
    17 avril 2019

  • le lien bien établi, la force de l’oubli

      les yeux parfaits du mieux qu’on put – du mieux qu’on put c’est pas gagné

      ailleurs définitivement, ailleurs
      dont le tout-abandon

      la vérité c’est sans demeure
      et sans-demeure m’attend

      il pleure toutes les cinq minutes que veux-tu, il pleure toutes les cinq minutes et les cinq minutes c’est trop long

      non je ne reconnais rien, ni ne me reconnais en rien
      la soif d’éteindre s’émeut toujours de moi

      de toute beauté en toute beauté le chien qui pisse, et la mort tient debout
      je ne me retourne pas. cette fois je ne me
      retournerai pas

      chaos mordant allez va-t’en, mords-moi sans dents
      le rose fumigène et quelque chose en moi
      abdique, me dénoue…

    15 avril 2019

  • nous serons tendres envers la voûte, chinoise-bethléem

      nous sommes souvent en vacances, et dans la lutte où rien

      il change le vin en eau, la peur en bien-veillance on sait pas com-
      ment il s’y prend – on dirait qu’il navigue
      à vue et bon escient…

      digue absolument dérisoire, ceci n’est pas un poème en l’occurrence, mais en trompe-l’œil, au cas où le chaos à mes dépends
      disposerait d’un œil

      qui du deuil ou de l’ennui
      viendra à bout de cette chaîne de patience, farouche humilité
      et piss’ra hors le trou

      la vague était si haute, et l’espoir menu
      que la robe céda, oh! et la robe tomba

      et tout le reste part en entier, part en moitiés
      fragilement ouverte, éclaboussure solaire
      : fenêtre sur ouest…

      moi je ne bats pas des mains
      moi je ne me roule pas sur un sol couvert de mousse
      moi je ne me couche pas du côté 
      où le néant sa chatte

      pierre pomme fusil, désormais je m’en bats
      je suis libre vois-tu, libre dès à présent et le plus clairement
      libre de rien

    nous serons tendres envers la voûte, chinoise-bethléem
    14 avril 2019

  • sur un silence crispé

      avec soi c’est la mort, soi ne m’offre que la mort. la survie dans la mort
      j’ai même plus mal aux dents. plus mal nulle part
      aller mourir là où la mort fait sens, parce qu’on a cru là, ne serait-ce qu’un instant, y échapper pour de bon
      pour de bon, insisté-je

      oh camarade – des fois on pense qu’il aurait mieux fallu n’être rien, pour se laisser la chance ultime de se rejoindre, c’est à dire de s’assurer un accès libre et non faussé à la transcendance
      une opportunité de se livrer corps et âme au tout
      or on ne survit pas à s ça. on ne survit pas à l’éternité. l’éternité se rate

      je dégueule tous les dégoûts du monde. tous les mensonges. par tout mon être de mensonge, mon vieux nounours hideux
      je cherche un âge à tes cheveux je n’y décèle rien. la mort est encore
      si peu de choses…
      elle n’attente pas au réel. à peine en suggère t-elle l’idée

      j’y pense. et même j’y pense à froid. c’est une claire angoisse, je pense froid
      charbon glacé, braise-fossile…
      ta mort n’est pas semblable à la mienne, ta mort
      passe à côté de la mienne, tire la langue et se met à lécher – ta mort
      ne me ressemble pas

      faut juste que je pense à autre chose – n’importe quoi à autre chose, qui me rassure, comble les vides, fasse contre poids
      oui mais contre moi
      je sors la tête de l’absence pour me contempler dans le miroir de l’absence et croire au loup, quand le loup
      hurle à l’absence…

      pourtant je n’y étais que moi, c’est à dire précisément là
      où tu n’y étais pas

    sur un silence crispé
    12 avril 2019

  • le pays où tu n’es rien

      il faut juste se dire jusqu’à l’avion, jusqu’à l’avion t’es bon – après on ne compte plus sur toi, après tu n’existes simplement plus
      c’est sans doute dur à admettre. d’ailleurs tu n’admets pas

      si j’avais un chien, une chienne, il ou elle me comprendrait – mais que faire de cette compréhension-là?
      que faire de la compréhension?
      je me tue à petit feu, par petites foulées je me tue et rien là pour me signifier qu’à petit feu je me vis, que par petites lapées je te donne la vie
      à un certain niveau, les transferts ne se font plus

      la douleur est la même, toujours la même
      sans doute ai-je changé de lunettes entre-temps, et le prix de mes verres augmenté
      l’âme qui brûle ne brûle point de soi – or dans ces conditions-là je m’abstiens, depuis toujours je m’abstiens
      cela me tient

      les petits frissons du vivant les
      tout petits frissons du vivant. tu aurais pu confesser que tu ne m’aimais pas – mais qui aurait la méchanceté d’un tel aveu? qui aurait la cruauté de se l’avouer soi-même?
      qui aurait vendu son âme, quand personne ne se proposait de la lui acheter?

      j’ai (enfin) compris où se trouvait le point mort, auquel menait le chemin mort, comme éjaculé d’un marcheur mort
      dans un parfait suicide d’amour, et les odeurs concomitantes
      je me suis promené de long en long, puis de long en large, et finalement tout de large
      jusqu’à quand nous obstinerons-nous à appeler ça se promener?

      si j’ai tout dit c’est que je n’avais rien à dire
      à peine cracher, maigre moisson
      mais le pauv’ gars s’en fout: il est de garde
      quand bien même il ne reste rien à garder…

    11 avril 2019

  • les nœuds marins, les femmes enceintes

      je suis mort d’une balle dans la tête – ça me démangeait la cervelle depuis un moment
      à moins que ce ne soit de fatigue, tout simplement
      tout simplement ne veut rien dire, comme tout le reste, mais l’avouant volontiers – ne s’y je crois
      oppose pas

      mon train a du retard, non, ton train n’a pas de retard: c’est juste le mauvais train, partant
      du mauvais quai, dans la mauvais sens
      et du coup y a plus rien

      mon petit cheval blanc n’est ni blanc, ni petit, et probablement n’a t-il jamais été un cheval
      il était là pourtant, et j’en suis convaincu, en chacun de mes muscles et tendons, en chaque renvoi de mon dégoût
      ainsi qu’en ma singulière inaptitude
      à faire partie de ce monde, en être partie prenante

      le dernier ressort à mon humanité c’est la pitié, je ferme les yeux et je compte jusqu’à trois
      comme rien ne se passe, je serre plus fort et je recompte jusqu’à trois, et encore et encore…
      rien ne se passe jamais – du coup je garde les yeux
      indéfiniment fermés.
      jusqu’à trois

      je présume que ce qui nous définit émotionnellement avant tout, c’est de s’être senti trahi, et les formes particulières sous lesquelles nous avons été trahi
      plus difficilement tolérable, l’image nette de nos propres trahisons
      la question dès lors ne se résout plus à pour/quoi vivre, mais comment endurer de vivre sous le poids de cette humiliation, de cette honte…

      tout casse, tout supporte, ou ne supporte pas, d’avoir été
      l’innocence perdue, non ,l’innocence jamais acquise – la peau de chagrin d’un présent vide de soi, de vérité
      et finalement de beauté
      c’est quand même pourtant pas compliqué, la beauté…

    les nœuds marins, les femmes enceintes
    9 avril 2019

  • cette humidité là, oh, cette humidité

      alors on a repris nos clics, nos claques. on a fermé l’eau, le gaz, sa gueule et le courant. la mort dans l’âme et en avant, hop en avant. en avant rien

      muré le paradis. nos bénitiers jusqu’à rebord de crachât. on se retrouvera bientôt, ici là-bas ou bien nulle part. on est déjà perdus

      à partir d’un moment on lâche l’affaire. ça nous déchire un peu, bon, ça nous étripe en vol. à partir d’un moment je me déchire c’est sûr

      qui que quoi je, l’abcès crevé. le genre qui te caresse à rebrousse-poil. avec la langue. avec les dents. avec les doigts tout s’écartant, si on fait pas gaffe

      il pleut et pour pas un radis, c’est comme ça tout le temps. ça tombe dans ton bol c’est comme ça. ça tombe de toi en toi. pathétique

      je ne manque de rien, sauf de rien. alors je m’assieds là tranquille – j’imite un mort et je regarde passer. limite je laisse couler

      trop vieux pour se souvenir. à lécher le glaviot dans la soupe. la soupe froide la langue s’y brûle, pourtant

      quand vivre est au suicide. quand marcher sous et quelle absence, un ciel pouilleux. j’accueille les jours heureux, semblables et miséricordieux, je me dis c’est donc à ça…

    8 avril 2019

  • je m’suis dit que je m’suis dit quoi je m’suis dit

      mon jeu ne s’accorde plus, ma pierre ne coule pas. à l’espace qui me lie, s’accouple et me délie je dis que
      je n’ai rien vu

      longtemps encore, ou très longtemps
      très à la marge ou sur l’épaule d’un dos
      essuyai-je l’averse

      je renais de mes cendres, à quelques cendres près. si pour moi rien n’existe, n’existe rien pour moi

      eau de cervelle, vide le sceau et vide la pelle. ne me contredis pas cette fois ne me
      contredis plus

      on s’en va et on oublie. on s’en va bien quand même

      je me suis laissé dire que c’est mort. je me suis laissé dire que c’est pas une raison. je me suis laissé dire qu’une chute semblable

      je n’arrête pas d’y penser. je n’arrête pas de m’en, te de m’y, soustraire
      eh ben dis donc…

      pourquoi tu ne t’arranges pas avec moi? pourquoi tu m’objectes que tu ne sais, grosse, y faire? hein, pourquoi?

      la gloire est éternelle, oh la gloire éternelle, et la misère me tue.
      mais putain transgresse ma vie, o dieu décapotable

      comme qui dit quoi, qui dit mieux, je m’appelle adam, j’ai perdu toutes mes lèvres, et mes dents
      la peur suinte au milieu

    je m'suis dit que je m'suis dit quoi je m'suis dit
    6 avril 2019

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