les nœuds marins, les femmes enceintes

  je suis mort d’une balle dans la tête – ça me démangeait la cervelle depuis un moment
  à moins que ce ne soit de fatigue, tout simplement
  tout simplement ne veut rien dire, comme tout le reste, mais l’avouant volontiers – ne s’y je crois
  oppose pas

  mon train a du retard, non, ton train n’a pas de retard: c’est juste le mauvais train, partant
  du mauvais quai, dans la mauvais sens
  et du coup y a plus rien

  mon petit cheval blanc n’est ni blanc, ni petit, et probablement n’a t-il jamais été un cheval
  il était là pourtant, et j’en suis convaincu, en chacun de mes muscles et tendons, en chaque renvoi de mon dégoût
  ainsi qu’en ma singulière inaptitude
  à faire partie de ce monde, en être partie prenante

  le dernier ressort à mon humanité c’est la pitié, je ferme les yeux et je compte jusqu’à trois
  comme rien ne se passe, je serre plus fort et je recompte jusqu’à trois, et encore et encore…
  rien ne se passe jamais – du coup je garde les yeux
  indéfiniment fermés.
  jusqu’à trois

  je présume que ce qui nous définit émotionnellement avant tout, c’est de s’être senti trahi, et les formes particulières sous lesquelles nous avons été trahi
  plus difficilement tolérable, l’image nette de nos propres trahisons
  la question dès lors ne se résout plus à pour/quoi vivre, mais comment endurer de vivre sous le poids de cette humiliation, de cette honte…

  tout casse, tout supporte, ou ne supporte pas, d’avoir été
  l’innocence perdue, non ,l’innocence jamais acquise – la peau de chagrin d’un présent vide de soi, de vérité
  et finalement de beauté
  c’est quand même pourtant pas compliqué, la beauté…

les nœuds marins, les femmes enceintes

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