je me promène avec mon chien.
– mais tu n’as pas de chien, s’étonne mon frère
– et toi tu es bien mort, alors de quoi me parles-tu, comme on dit dans les livres.
par ailleurs ça ressemble à son chien. je me demande
si le chien de mon frère mort vit encore
j’ai oublié son nom
mais pas celui de mon frère, mort lui aussi…
c’est la montée des eaux
lente, vigoureuse montée des eaux…
il faut bien faire attention à où on éjacule
éjaculer au bon endroit requiert tout son sang froid
nager à reculons de même, quand la mer se retire
or là on n’a pas l’impression qu’elle compte se retirer, la mer
j’ai toujours dit crève un sou, j’ai toujours parlé comme ça à qui voulait, ou non, m’entendre.
les jours s’accumulent, en un jour de plus en plus nu, à la limite de la transparence
la transparence c’est d’être sans limite, me fais-je la réflexion
elle n’y trouve rien à redire
midi m’achète des frites
ketchup ou mayo, m’annonce la couleur.
ai-je encore la vie à perdre – je te caresse les seins, ou la nuque, je ne sais plus dans quel ordre
je pense entièrement à rien
je sens intimement le rien penser à moi
je ne suis rien d’autre que cette pensée là du rien
il faudra libérer les esprits pour d’incommensurables néants, se dit le fils de la beauté saccagée.
ma mère quant à elle était très belle, elle a tenté de se suicider l’autre jour
je doute que c’ait été dans l’intention de rejoindre mon père – se souvient-elle seulement de lui, brève amour de jeunesse?
se souvient-elle seulement de moi?
je reste là contre mon corps, léger tourment.
je suis toujours étonné de vivre, de faire partie des vivants
je m’aperçois soudain que nous avons tous perdu nos mains – rien ne dépasse de nos manches
seuls les sexes débordent de leurs gants, et traînent mollement sous les regards lâches et indifférents…
Laisser un commentaire