et puis la main s’éveille. elle ne dit rien, s’ennuie avec le son. quand elle retombe je sais déjà que le désir mourrait de toute façon, oui, et de toute autre façon
ce n’est pas l’amitié qui m’a manqué, mais la seule possibilité d’aimer moins que tout. ce mépris que j’affectais pour ce qui n’était pas rigoureusement nécessaire, quand bien même hasardeux, voire inconséquent…
au cœur de soi bat le cœur du monde. et j’y sombre parfois, agrippé à la chute tel un nuage au vent de l’ouest. j’y pense aussi de temps en temps – il me faut alors ingurgiter la mer entière pour ne pas m’y noyer…
l’irresponsabilité heureuse me fut d’emblée défendue. je parcours donc d’un doigt ému la surface muette quoique crissante du miroir. je crois bien sentir le doigt saigner, n’être qu’un tube de sang se vidant sur les traits saillants du visage qu’il dessine tout en s’y brisant – de mon propre visage…
j’ai peur de quelque chose qui n’a pas de nom. j’en ai d’autant plus peur qu’il n’a pas de nom. la peur efface les noms. la bougie d’un nom contre l’éternité d’un obscur consentement à l’inexistence, d’une résignation ne levant la main que pour répondre oui à toutes les questions qui ne se posent plus
j’aime d’un vertige carnassier. j’arrache la face de ma tête. j’arrache les yeux de ma matrice. j’arrache la vue de mon effroi. quand enfin je me reconnais il est déjà trop tard: du fait même de me pardonner je cesse de me prendre en pitié…
quelque chose de saint dans le dernier renoncement. quelque chose de saint dans la résistance acharnée au dernier renoncement. je me sangle d’un ultime soupir et je chois dans le confort humiliant d’un désastre prémédité. toute la désuète sensualité de l’inassouvissable…
faut-il se battre? faut-il encore attendre un peu? faut-il chahuter son âme jusqu’à la nausée, prise entre la terreur et le désir du néant? il a fini par pleuvoir. tout finit par une pluie froide, patiente, résignée. sauf évidemment jours de marché…
Laisser un commentaire