au cherbourg de ma vie

  les chiens ne se sont pas mordus la queue longtemps, un jour ils s’attaquèrent aux hommes
  je t’ai rangée dans une boite d’allumettes – tu ne prenais pas trop de place, et ma vie s’est éteinte
  c’est drôle de dire « ma vie s’est éteinte » alors qu’on est là respirant dans l’obscur tamisé d’une chambre
  à un moment donné pourtant, je ne me souviens pas duquel mais ça m’a soulagé, je ne m’encombrai plus de rien, je me noyai en soi,
  puis plus profond encore

  j’égrène les prénoms de dieu – il ignore qui je suis
  je jette du pain aux pigeons, il paraît que c’est interdit maintenant – interdit s’est donc à ce point corrompu…
  épuisés les blasphèmes, la patience des étoiles est venue à bout de ma colère: tant d’impuissance, et l’ocre lumière toute recroquevillée sur un champ dévasté
  – l’éternité signifierait-elle ne plus avoir la force de se tuer?

  je ne suis l’ami de personne – au cherbourg de ma vie le vent me frappe la tête, j’envisage une paix, hideuse, perplexe
  une douche brûlante, l’affreux cri d’une mouette, je ne suis l’amant d’aucune – quelque chose me renifle je ne pue que l’absence, hargneuse, hargneuse et honteuse à la fois
  j’égorge quelqu’un, à tour de bras j’égorge, mais ce n’est que le vent

  œdipe avec une tête de chien, tel un migrant bancal tout juste rescapé de la shoah  et se retrouvant tout à coup nu devant sa femme
  c’est comme rentrer à la maison quand la maison n’est plus qu’un parking désaffecté, hanté par le néant ou quelque chose de pire
  il pleut, de puis l’aube des temps et jusqu’à la fin du jour il pleut – un christ ne mettrait pas le nez dehors
  les pauvres sont tout trempés…

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