bonté subnue

  je me calme
  mon souffle puissant, lent, profond – faut dire que je m’entraîne
  il charrie toute la vie en lui, et quelque antique prénom en rab, quelques vers oubliés
  les yeux vides, certes, mais vide n’a pas de cerne…

  .

  il n’y a pas d’intrus
  la mort nous viole, mais elle chez elle en nous, après tout…
  je ne supporte plus personne – je hante des absences
  le maillot jaune des non-pédaleux, le maillot jaune-lune, jaune-beurre, jaune-pissenlit
  ou le coquelicot sur un lit de chrysanthèmes, divaguons, le gland sur ta peau blême

  .

  les chiens n’ont pas de race; les races non plus
  il faut sentir toute la souillure du chien pour en comprendre l’innocence. le chien c’est un peu un christ sans croix, qui gambaderait de crotte en crotte ou gésirait en bout de chaîne…
  ou bien une humanité sans christ, se frottant la peau contre les os jusqu’à ce que ça gicle, mais ça ne giclerait pas
  pauv’christ, pauv’juif errant, pauv’chien perdu la queue en berne – et tout ça pour racheter quoi?

  .

  à quoi bon jouer si c’est juste pour gagner? gagner défait le jeu
  je grimpe sur mes propres épaules et je me fracasse le crâne, me crève les yeux et me pisse sur la nuque – de quoi te crois-tu à l’abri, connard? m’écrié-je
  j’ai envie de te sucer. tu sais, comme suce un nourrisson, et m’endormir dans ton orgasme:
  c’est tellement mystique un homme, quoi que ça sente; et c’est tellement n’importe quoi un homme
  – oui mais en rêve, toujours en rêve…

  .

  à toujours naviguer de l’un à l’autre, le milieu ne ressemble plus à rien
  je n’ai rien pêché aujourd’hui – l’anguille s’est noyée dans la roche et l’on fait semblant d’avoir oublié de quoi la peur est faite
  j’érigerai un monument aux égarés, un de ces monuments qu’on retrouve dans les contrées où le drame se marie si bien à l’ironie
  et l’odeur du chou aigre

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