ce n’est qu’un rêve sans fin

  les années se sont écoulées, sans que monts et merveilles
  dissimulé dans la doublure du temps, je ne sais qui va là
  y a quelque chose qui passe, mais derrière tout va bien
  tout au fond il fait beau

  l’ennui c’est que moi je sais, je sais à peine perdue
  les représentations courantes du néant peinent à se dissoudre, nous nous vidons peu à peu de notre âme
  j’ai tué l’amie, ou l’ai-je enterrée vivante je ne sais plus – ça me dégoûtait tant de penser y toucher
  il faudrait s’envoler l’espace d’un instant, profitant d’un léger sursaut, et surtout ne jamais réatterrir ne jamais se souvenir ne jamais
  renchérir
  : faire comme si on n’était pas là alors qu’on n’y est vraiment pas

  depuis j’attends mardi – mardi est un sale jour de merde: constantinople tomba un mardi
  boueux mardi

  j’ai mal à chaque porte et c’est le bout des doigts qui craque, se fissure se déchire
  et pèle
  j’ai bien refermé les tombeaux pourtant – elles dorment des cent-ans, de lourds sommeils de plomb de profond vins de paille
  quand j’accouche d’un enfant c’est qu’il n’est pas de moi, c’est qu’il pleure tout seul dans le noir
  expiant je ne sais quoi

  ce n’est qu’un rêve sans fin, une maison qu’on touche du doigt
  et qui du coup s’effondre on n’aurait peut-être pas du
  mais on ne peut pas s’empêcher de convoiter le salut c’est con, con de croire qu’on va mourir, reboucher chaque trou du pipeau un seul son s’échappant
  d’un seul trou oublié ça n’a guère de sens lui attribuer une note – si les choses se délitent à ce point c’est qu’il vaut mieux s’arrêter là, hagard et sans destin devant le feu
  passé au vert

ce n'est qu'un rêve sans fin

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