cette effarante nostalgie de la totalité

  elle nage parmi nous, géante au yeux de brise… lorsqu’elle passe près de moi, me frôlant d’un haussement d’épaule, je me sens si fragile, si fragile bien qu’obscurément
  intouchable

  passer son temps à brosser les cheveux de la morte, la morte sans visage… on se contenterait finalement de si peu on se contenterait finalement
  de ne pas exister

  cette effarante nostalgie de la totalité qu’on appelle, entre autres, le manque… or ce n’est plus mon âme justement qui compte, mais arriver à s’asseoir
  dessus

  la bouche bée et dans la bouche une croix, verte. en dernier lieu moi-même me quitte et fait retour sur soi, sur soi mais
  sans moi. je suis sans moi

  j’irai par le plus court chemin, celui qui sans encombre me mènera d’ici à ici et sans
  soulever d’ombre. j’irai par le plus court chemin exactement comme on se pisse
  dessus

  habiter son propre vide. l’enfance fâchée, l’ivresse tarie, habiter son propre vide. refaire éternellement le trajet de chez soi à l’angle de la rue, de l’angle de la rue 
  à chez soi. on est lundi

  et le lundi, on ferme

cette effarante nostalgie de la totalité

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