contribution au mal de mer, quand même

  tiens, tu pars
  tu ne m’avais pas dit d’abord tu ne m’avais rien dit
  de l’eau dans la bouilloire, et des places désertes ahuries de silence
  tiens, tu pars
  je sais que tu reviendras pas
  et que pas revenir fera toujours partie
  du lot commun

  .

  j’ai pas de creux, j’ai pas de creux en moi
  juste un trou béant, par où passer la tête quand survient la faim, la soif ou la quelconque bête
  une fois la mort, deux fois la bêche, trois fois le sexe en bandoulière
  j’ai pas rêvé, j’ai pas rêvé pourtant, et j’en crois pas mes yeux
  non, j’en crois pas mes yeux

  .

  j’attends. j’attends pour rien. j’attends que tu frappes à ma porte
  mais ma porte même si on y frappait n’émettrait pas de son ni de ding-dong
  on a beau ouvrir ma porte, elle n’ouvre que sur ce même dehors qu’on aurait tant voulu quitter en y frappant, en y cognant en vain
  et sans ressource…

  .

  à l’abri d’un souci, et quelques pas en plus
  c’est trembler d’un pas incertain sur la corde raide, sauf qu’il n’y a pas de corde
  c’est mourir à quat’ pattes en maudissant les sept horizons, sauf que la mort a tout rongé déjà
  et qu’en fait de langue, ne reste que la litière…

  .

  je ne t’aime pas
  je ne t’aime pas d’abord parce que je n’ai jamais aimé personne, ensuite, la nuit tombant il va falloir refaire le plein
  méfie-toi des miracles, même et surtout si seul un miracle autorise l’espoir
  passer d’un air hautain près d’un miracle, le dédaigner…
  – se permettre l’infini désespoir…

  .

  d’une rive à l’autre le pont dure tout un jour, à petits pas entre les gouttes
  à moins qu’il ne s’agisse d’une jetée, du môle ou d’un ponton – bref l’orgasme, tandis que le glas sonne l’heure du thé
  on pourrait se nourrir l’un l’autre, à la petite cuiller: on ne le fait pas
  la cuiller reste en travers de la gorge…

contribution au mal de mer, quand même

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