j’ai de l’eau dans les pompes
je reste là debout, comme un con, les pieds trempés
je n’en reviens toujours pas des mensonges dont mon cerveau est imbibé
qui partiraient peut-être avec le dernier désespoir mais je n’ai pas le dernier désespoir, pas même un doigt très vieux dans l’anus printanier
: je n’ai jamais eu le luxe de l’innocence, la vérole te ronge, tu fermentes dans le ventre du monstre, la tête penchée tristement…
en reniflant mes doigts, j’ai rêvé d’innocence
.
j’écris contre ma tombe. j’écris de dedans ma tombe. j’écris parce que tant que je dis elle reste entrouverte, qu’au moins je puisse respirer, sortir la nuit pour aller pisser
et pourtant ça me coûte dur d’avoir à dire, à maintenir la fenêtre entrebâillée alors qu’au fond j’ai tellement envie de crever, de rejoindre le fond, où je ne serais plus
tu n’aurais pas du
sauter la ligne, tourner la page
– même si la photo effectivement
n’était pas très jolie…
.
et puis il y a la pluie qui tape à côté. c’est comme une femme qui jouit sans penser du tout à toi, ni aux rêves que tu faisais enfant, quand survivre au temps, à la déraison et à la trahison constituait déjà tout l’enjeu
je ne touche à rien – ni au vent qui courbe tout ni à tes seins bien rangés dans le caveau de nos quinze ans
j’espère mourir bientôt – ça remplacera ta main cramponnée au mât quand dans ma tête claquait l’abîme…
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