des hontes

  j’erre dans le temps suspendu de l’éclipse, quand d’un coup tout se tait, et n’ose plus le vent respirer tout à fait
  quelque part entre quelque chose et le rien, j’ai tâché d’ouvrir en grand les yeux, délivrer les paquebots
  quant aux siècles des siècles amen-amen, je n’ai plus beaucoup d’eau où te trouver jolie, ni les tendres reflets…

  .

  je sais j’étais le clou, j’étais la croix – j’ai aimé tout un homme
  je sais j’étais la pointe, l’épine l’éponge, j’étais le sang de cet homme et je lui faisais l’amour
  je sais j’étais la mort – j’enlaçais je pénétrais l’être et la chair de tout cet homme
  mais un azur complet m’a ravi mon butin de nerfs, d’os et de prières, et ne m’a laissé sur le cœur que la boue fine des siècles
  je suis veuf d’un corps à l’agonie, d’un râle plus profond que la mort, et d’un universel pardon

  .

  je ne suis plus je suis
  quelque phoque en prière
  et j’en ai marre
  de mon bonheur, de mon ivresse
  de cette lassitude –
  je m’en vais donc sans aile
  je voguerai sans voile
  et je mordrai sans dent
  dans l’espace infini
  où je n’existe pas

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