j’avais treize ans quand je suis née, je n’ai pas de famille
je me regarde nue, je me regarde – je suis un cerf-volant
me manquent le ciel évidement, l’espace où s’affranchir
me manque le miroir, où ne plus se connaître
.
je me suis mise à la fenêtre, le grand vide m’a prise dans ses bras
il pleuvait, il pleut toujours en ces moments-là – c’est ainsi que l’on reconnaît qu’il ne s’agit pas d’un rêve
je marche sur l’étendue vide, ne me demande pas comment je ne tombe pas
je ne tombe pas, d’être vide moi-même
.
un peu plus tôt ce fut la nuit, la nuit qui ne brutalise pas
je ne me souviens pas, enfant, d’avoir cherché une main que l’on ne me donnait pas
juste un sommeil sans joie, entre deux cris crachés au haut-parleur
.
je me suis assise ici, encore
j’emporte partout la fenêtre, partout où je vais, partout je reste assise à la fenêtre
j’y laisse filtrer le jour
et le jour filtre encore
.
insensiblement, tu me protèges
un parapluie n’empêche pas la pluie, un parapluie ne provoque pas la pluie non plus
j’avance devant moi, parce que c’est devant moi
ni pour me rejoindre, ni pour me fuir, j’avance parce que j’avance
insensiblement, je m’exclus

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