Dona-negra, la nature morte

  les sources tarissent, je suis de moins en moins celui que toujours fus
  on ne devrait mourir qu’à force de n’être rien – ainsi m’efforcé-je de ralentir, le saut de la limace ou le gaz inodore
  : rien qu’une pulsion dans le cul du néant

  partout la grâce
  la plus petite chute de la plus petite feuille déchire la lumière, qui n’est que déchirure
  je crève de disgrâce et j’appelle ça la grâce, les tombes sautent de joie
  ça jouit de partout, ça fuit de partout, l’orgasme nous afflige, je relève ce mioche
  tombé là sur ses genoux, et que panique la douleur…

  c’est la grâce, la gratuité, les glaces à la pistache la sieste du dimanche, c’est l’ivresse macabre
  de chaque jour, de chaque souffle
  – qu’avons-nous fait de la vie et qu’est-ce que la vie a fait de nous? nous ne méritons rien
  nous sommes aimables c’est tout
  aimablement laids

  on s’excuse de quoi au juste? il y a des hommes des fois, et des fois c’est rien que la lumière
  et parce que l’extinction ne saurait être assimilée à une déchéance, tout est libre
  libre enfin, et définitivement
  c’est le chant de la chute et ce n’est rien du tout

Dona-negra, la nature morte

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