il fait nuit. derrière la fenêtre les prés, les champs n’ont plus d’yeux. sauf à considérer tout être – animal, végétal ou minéral – comme un œil, un œil ouvert du monde sur soi-même
il fait nuit. je suis un œil ouvert. ouvert sur ce qui le traverse, ouvert sur ce qui le regarde
et la mort
n’y change rien
.
la nuit cette nuit ressemble à la nuit. et moi aussi.
si tu savais comment j’ai mal à la vie, avant même d’être saoul…
la nuit cette nuit ne ressemble à rien. tout comme moi.
incroyable, cette insouciance de la vie à survivre à toutes ces trahisons, à tous ces massacres
incroyable, cette désinvolture de la vie à se trouver belle
à l’instant même où on la perd…
.
il y avait un arc-en-ciel cet après-midi, là, juste dans le pré d’en face
les bêtes sont rentrées, je supporte seul le temps de mes insomnies
un jour je n’aurai plus de mort
un jour je ne serai plus le mort de quiconque
mais peut-on encore appeler ça un jour?
ou peut-on, au contraire, appeler ça enfin le jour?
.
toute la pureté restante – il en reste si peu – nous coule sur le visage
je laisse ça, je laisse ça aussi – je me retrouve sans rien
la lumière toujours et partout là bien-sûr, mais nous, nous explorons
son absence jusqu’au bout
.
la mort c’est la mort mais pas plus que ça
quand le monde s’est refermé, quelqu’un pleurait encore
j’ai frappé comme une bête: d’un côté le sac de frappe – à peu près tout ce qui bouge –
de l’autre le ciel gris, indifférent à ma rage
heureusement…

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