un monde en friche, où l’espace a reconquis ses droits et exerce sa muette souveraineté sur des débris de mémoire, fantomatiques architectures vouées à la dissolution, simple effacement du sens devant l’essence – ou son absence
une liberté gagnée sur les terres brûlées de nos désillusions, un regard qui perdure à travers l’immobile fluidité des phénomènes: le paysage se dévêt pour laisser transparaître une nudité que plus rien ne corrompt ni n’abuse
une clarté enfin, sans foyer ni perspective, ne mettant en lumière que notre perplexité d’être, vaguement d’être, à l’orée de n’être pas…
d’abord on se promène, ou on fait semblant de se promener: des pas en trompe-l’œil simuleraient un destin sous une égale pluie froide, et noire, et froide et noire
nos bouches dans l’enclos, usées désabusées, abouchées au silence fourbu vers l’en-dedans – elles n’accoucheraient ce soir pas même d’un baiser, fut-il de judas
nous prétendrons-nous alors libres, fleurs artificielles illustrant l’inanité de nos tombes, petits péchés mignons névrotiquement penchés sur ce qu’il leur reste d’orgasme à effeuiller, à glaner sur l’infinie platitude de nos paysages intérieurs
– si nette finalement la place, faite face à ce qui me détériore…
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