evenadog

  évidemment pour un être d’absence, à une telle absence d’être, l’ivresse est nécessaire afin de retenir un moment le souffle et s’installer dans la présence, hors laquelle tout finit par faner, par dépérir, se volatiliser. je me suis tant abstrait que si je me croisais dans la rue je ne me reconnaîtrais pas, à force d’être et de non-être, d’ivresse et de paresse  confluant finalement dans un même égarement lascif, une indifférence extatique… la sidération du vide, les larmes dansantes la pupille chancelante : tout un clou de misère grinçant contre une marie de verre…

  .

  j’ai mordu le pain dur, le pain sec
  assis là sur un banc, j’ai même
  mangé pas de pain du tout
  j’ai mordu le vent sec, la bruine incompatible
  mangé la bruine de pain, le pain moisi
  – alors je suis parti, assis là
  sur un banc

  .

  comme c’est drôle, le vent dans les yeux
  qui fait pleurer les yeux
  alors qu’il n’y a pas de raison de pleurer
  sauf peut-être à penser qu’un homme
  est un chemin sans dieu
  le spectre d’une absence, un trou de ver dans le bois d’une croix sur laquelle dieu
  meurt pour rien
  n’en finit pas d’agoniser
  pour rien
  pour rien si ce n’est
  pour que la mort soit
  pour que dieu soit la mort
  et qu’ainsi la mort soit
  le lieu
  de notre désolation
  heureuse

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