j’échappe à tout hasard et, chemin faisant, je meurs dans mon lit
– même si ce n’est pas un lit, même si ce n’est que l’ortie
blanche de l’absence
.
je vis sans vérité – au cœur de la vérité dans l’absence même de vérité
je me déchausse : les pas maintenant ne comptent plus. il n’y a plus qu’un pas, silencieux
pour silencieusement ressusciter le nulle-part, le ramener
à soi
.
et pourtant tout est là, simple et délié, posé telle une question sans réponse sur la table de l’évidence
paumes ouvertes vois, je ne cache rien : tout est là, lié et détaché. vent ou non l’herbe séchera
… s’il ne se remet pas à pleuvoir
.
je ne comprend pas mon bonheur. c’est une joie sourde, une joie d’être livré au vide, d’échapper à la cause, dénué de toute finalité
je ne comprends pas mon bonheur. je m’effondre en moi-même, cependant je ne tombe pas. semble me soutenir un vide où je ne me reconnais pas
un vide où chaque instant se puise à mon étonnement d’être, un vide face auquel je me grandis
.
ce n’est pas d’exister qui attise mon étonnement, mais le fait même que l’existence existe
je m’enivre à l’éternité d’un verre vide. je ne bois pas. quelque chose jaillit en moi, jaillit de moi, me traverse et me dépasse, que j’appelle moi mais qui là-bas déjà devient autre chose…
.
on ne peut se connaître de sang sans l’avoir vu couler, sans soi-même saigner
mais quel est ce sang limpide et incolore qui coule dedans moi?
mille rêves remontent d’un silence remué, et le silence reparaît au creux d’un rêve mille fois ressassé…
.
je n’achève pas le geste. la main reste suspendue entre deux souffles muets
un vide danse entre mes doigts, un vide brûlant d’inavouable désir
je caresse le corps froid de l’absence, mon appel lentement le ramène à l’extase, puis vient la stupeur
– nous sommes l’un à l’autre la possibilité instamment réofferte d’appar-être
nous sommes et l’un et l’autre : le vent, c’est à dire l’air que souffle l’air,
et sur lequel souffle l’air…

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