la pluie s’est mise à sentir mauvais
ainsi eus-je les mains libres, de me souvenir
et d’accrocher mes souvenirs aux branches d’un arbre déraciné
d’un arbre hors-sol
.
quelqu’un dort, aux confins
il suffirait qu’il s’éveille pour que tombe le vent – il n’aurait plus alors qu’une mince paupière à lever pour lire dans le paysage esquissé là un poème bancal,
et tituber quelques pas avec lui…
– étrange, non?
étrange comme on s’accorde en genre et en nombre avec le temps qu’il fait
étrange de parler de l’âme comme d’une femme à la beauté à la fois brutale et nuptiale
d’une expropriation…
.
peut-être aurais-je pu savoir où j’allais
peut-être aurais-je eu le temps d’ouvrir un parapluie, et même de m’y abriter
peut-être les ponts étaient-ils déjà tous saccagés, les plaines dévastées…
finalement je me suis agenouillé et j’ai demandé le présent total
il vacillait entre mes mains tremblantes. de quoi, ou de qui prendrais-je soin désormais?
.
assis sur l’être, définitivement
même lorsque celui-ci se manifeste sous la forme du manque, sous le visage volatile de sa négation, de son renoncement
il est dur d’avoir à parcourir un si long chemin, ignorant depuis quand et jusqu’à quand j’y chemine et cheminerai sans doute,, ni certitude aucune
à moins bien-sûr de penser à autre chose – peut-être pas regarder le paysage tout de même, mais secouer ma pauvre vie des mouches qui s’y collent
tout en me demandant (tout aussi naïvement que vainement) à quoi ressemblerait le bonheur, ce préservatif de l’âme…
.
il est temps d’en finir
mes mains sont vides – elles ne me retiendront pas
j’ai une joie, restée muette – elle ne me trahira pas
je pense être là pour l’éternité, et si l’éternité pour l’éternité n’est rien, j’assume également ce rien-là
quelque chose en moi, enfin
s’ouvre et m’accueille
– s’ouvre
et m’accueille…

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