je m’étonne d’être encore vivant, de n’avoir pas tout bu

  puis nous nous sommes abrités
  sous un lac de circonstance
  il faisait bon y croire
  croire que ça durerait
  encore une heure ou deux

  .

  lorsque tu t’effaces, tu t’effaces de quelque part
  et quelque part s’effraye…
  tu tentes de tourner vers moi la tête, me sourire ou me dire quelque chose je ne sais pas mais
  moi je te secoue toujours, prunier en proie, je t’inflige cela
  et quelque part s’effraye…

  .

  t’as rien compris t’as rien pigé, t’as juste droit à ta (maigre) pitance et ferme-la
  si on meurt d’accord, mais on meurt à côté
  fébrile et piteuse, on choit sur le côté

  .

  la vie de plus en plus se ressemble, et cependant s’accentue la menace
  comme si l’abîme collait à la plante des pas, s’amassait sous la paupière
  encerclait la rétine…

  .

  quand il n’y a plus d’issue, que ça cède et ça craque de partout, on est tranquille
  tranquille encore pour un jour ou deux.
  à vivre dans l’impossible, strictement irréalisé, à ne plus ressentir, à ne plus s’éprouver, ça va
  ça va bien pour un temps

  .

  plus un seul jour sans l’idée très précise de l’absolue non-nécessité
  d’être et de toute chose.
  éjaculant le néant dans le néant (les jolies cendres d’artifice…), navrant et jubilant
  retardant plus longtemps, fatal, retardant d’un instant, bancal,
  le dénouement final

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