je pourrais avoir tout l’amour que ça n’enlèverait pas les odeurs

  elle sent mauvais
  elle sent la pisse
  je la protège dans mes bras
  mes tout-petits bras
  mes bras contre la nuit, contre la pluie
  mes bras une nuit chaude, mes bras une pluie douce
  je la protège des miroirs qui mordent, des miroirs qui crient
  je la protège des mains qui giflent
  dans mes tout-petits bras
  je la renifle
  je sens qu’elle pue
  qu’elle pue la pisse
  je la renifle
  je la protège
  enfin je suis heureux

  .

  nulle-part n’écrit mon nom
  je dis mon nom mais rien ne sort
  j’articule mon nom mais seul un silence s’en va rejoindre le silence
  je hurle mon nom mais rien n’entend mon nom
  parce que je n’ai pas de nom
  parce que je ne repose sur rien
  et rien ne repose sur moi
  j’admets tous les dictons, car les dictons s’inscrivent
  j’entonne toutes les chansons, car les chansons s’entendent
  mais mon nom reste là, comme une balla tirée dans le crâne de ton oubli
  sans même y avoir creusé de trou…

  .

  tendre les bras
  tendre les bras bien devant soi, comme s’il y avait la possibilité d’un mur que l’on ne verrait pas
  or il n’y a rien, et l’on ne se protège pas de rien
  ni avec les signes
  ni avec les croix
  je t’ai amenée là et tu y danses tout au bord du vide, sur le mince fil d’un horizon qui se délite
  tu danses dans le vide
  rien ne protège de rien dis-tu
  tandis que je m’enfonce

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