la colline d’en face

  toute une vie ravalée, le nombril effacé. lisse et sans rupture l’esprit abasourdi rentre dans l’esprit
  étrange, la conscience de ce vide substantiel, de cette place vacante et sans attente, les pouces tournés de l’absence consentie
  la partie, abandonnée, désormais se joue seule…

  .

  quitter sa conscience, se contenter de l’être: il va falloir prier
  – prier machinalement, s’imbiber d’absolu, s’anesthésier l’esprit jusqu’à ne plus distinguer la part de dieu de celle de la bête
  en sa froide raison

  .

  je me tourne vers la pleine lumière, seule à même de soustraire à la mort, de déraciner en moi la foi dans le néant, et dissoudre la peur ancestrale
  je n’ai soif que de cette essence infinie
  le reste… le reste ne fut que poésie. or, alors que tombe le masque d’exister, survivre à l’insignifiance ne suffit plus: il faut être désormais
  être… ou crever

  .

  je regarde la colline d’en face, qui s’élève au-dessus des brumes d’ici-bas
  la route menant à la colline d’en face passe par le cimetière entourant l’église: on meurt avant d’arriver à la colline d’en face
  je voudrais d’un bond survoler le cimetière et me retrouver sur la colline d’en face
  d’où je me retournerais pour regarder la colline d’ici, émergée des brumes de l’oubli, flottant
  sur l’haleine des morts…

la colline d'en face

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