j’étais mort
je ne savais pas qu’on pouvait être mort et respirer encore
je n’imaginais pas non plus que respirer en étant mort put être à ce point immense, et jouissif
j’aimais ce souffle-là, ce souffle qu’exhalait la mort, ou qu’elle ne faisait simplement
que délier
.
il faut aimer la mort pour finalement choisir de vivre, se décider à vivre
malgré tout.
il faut aimer sombrer, faillir, et mourir, pour incarner la vie et renoncer à ce souffle
– que cache donc l’ombre que l’on ne puisse trouver dans la lumière?
serait-ce la lumière elle-même?
.
je n’ai jamais été mort
non parce que la mort n’existe pas, mais parce qu’une âme est nécessaire
à défricher le néant, à poser le feu d’un baiser sur le front du néant
et à pisser le sang sur le corps d’un dieu migrant, d’un dieu en transhumance
.
si le salut de l’homme – disons, si le salut de l’univers – allons plus loin, si le salut de dieu
ne dépendait que de moi, que d’un geste de moi, accomplirais-je ce geste?
quelle étrange pensée de s’imaginer en sauveur absolu, moi qu’une mouche ignore
– mars, et pas la moindre mouche en vue…
.
seule est recevable la bénédiction d’un moribond – en supposant bien entendu que dieu ne puisse se mentir à soi-même
l’amour du prochain et ses succédanés relèvent plus de l’onanisme, voire en certains cas de la coprophagie, que d’autre chose – la compassion dont il est ici question ne sauve de rien: elle consent et bénit l’être jusqu’ dans la chute, l’être privé de toute grâce, de tout salut
elle signifie qu’il n’y a pas de salut sans renoncement définitif au salut
– que cela soit vrai ou faux, que quoi que ce soit soit vrai ou faux
n’y change rien
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