l’aube de l’humanité

  on se lance des bouses plus ou moins sèches. on marche pieds nus sur des tessons de bouteille. on se faufile entre les barbelés. si le taureau nous course, on roule sous les barbelés dans la boue, ou on saute n’importe comment par dessus les barbelés, nous écorchant de toute façon, et retombant sur un sol plus ou moins mou. alors le taureau s’arrête et nous toise de son œil sombre, de son œil dur, son œil fou. il ne tolère d’humaine que la présence de la jeune fille muette, assise par terre à l’autre bout du pré, et que la pluie ne mouille pas. de leur mufle humide les bêtes la reniflent et s’apaisent. elle garde les bêtes et les bêtes la gardent. le taureau protège sa virginité, impose son inviolabilité. ne reste donc plus pour transgresser l’interdit que le rêve, l’intériorisation du réel où fermente la pulsion. tout un destin se profile tandis qu’on respire à plein poumon la mer déjà, de l’autre côté des dunes, remparts de sable et vague promesse d’ultra-mort…


 

Published by


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *