le chant des auges

  quand j’eus pris vie, quand j’eus pris forme, quand monter déjà signifiait descendre, souffle et mort ne faisant qu’un seul corps
  j’ôtai de moi l’épine, et j’épongeai le sang

  .

  rien ne m’a rien dit, l’échine (courbée), le rein (brisé), le sexe dans la main
  rien ne m’a rien dit, ce caveau de lumière
  je me déshabillai, et elle me regardait
  nu j’attendais, et elle me regardait

  .

  à cette heure seulement, seulement à cette heure, j’entends
  j’entends souffler le souffle, j’entends gémir l’abeille, les bœufs charrier un ciel bouseux
  sur leur dos
  j’entends ma mort mourir, une brise se faufiler à travers cette mort
  pour donner naissance à une idée, de mort et d’autre chose encore
  de morve et d’underdose

  .

  c’était tout simple y avait qu’à se baisser, cueillir l’instant présent à la barbe du temps, éjaculer dedans
  c’était tout simple y avait qu’à se prostrer, qu’à se cracher dessus à la vue des passants, à l’insu des sachants
  c’était tout simple il suffisait de ci, de ça, de marcher droit ou tors, mordre la poussière, lécher un glaire de lumière
  peut-être s’en aller, en s’en allant encore…

  .

  je ne me souviens plus
  avoir jamais paru
  sous une forme ou telle autre
  j’ai mis l’eau à bouillir, que l’eau boue sans raison, ni avenir
  sur quelque rive du néant mes jours faisaient naufrage, j’en ressuscitai un
  j’en ressuscitai deux, pour l’aumône aux jours sans
  et par amour de vous

le chant des auges

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