l’éclair d’une extinction

  monter la garde, baisser la garde. monter la garde, se rendre compte que quelque chose a cassé
  cordon coupé lacet défait. fil perdu. jouer aux osselets avec ses propres os quand le temps le permet
  et t’emboîter le pas, la moitié de ton pas, tandis que l’autre moitié, moitié perdue,
  échappe à son destin…

  j’ai besoin d’une image de bonté, soulageant ma raideur j’ai besoin d’une image de bonté – si ce n’est d’un élan de tendresse du moins de la forme abrégée
  d’une fragilité

  se réchauffant à la pensée de couver en soi d’inextinguibles nitescences…
  ce qu’il reste quand il ne reste rien – ainsi le désespoir caressait-il l’idée de dieu, se couvrait-il le visage d’un saint suaire
  je pose ma bouche sur ta bouche dans un geste d’alunir, rêvant d’une même pierre fracassant nos deux crânes, l’éclair d’une extinction

  je suis dans le ventre obscur, et sans issue. pas celui de la baleine non, car on n’en réchappe pas: ça s’appelle le néant
  est-ce en-dedans est-ce au-dehors? ce qui les délimitait ne tient plus
  avec un sol et des genoux m’effondrerais-je; avec un phallus et un vagin m’expulserais-je; avec une âme et une foi m’élèverais-je
  mais rien de tout cela, absolument rien: que des mots tournés et retournés à la cuillère d’une langue trois fois morte, d’une langue raide morte
  – poussières…

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