ce qui pour certains apparaît d’emblée comme une évidence ne se révèle à d’autres qu’après tant de détours insensés.
je n’ai plus le temps
de la patience
plus le temps du superflu, du bassement utile, plus le temps du plaisir sur le pouce
– il me la faut là, intégrale, l’évidence où le mystère va nu, sans arrière-pensée
et où tout le temps perdu prend son avoir en temps rendu, en temps avoué, en temps décontextualisé on aurait pu même oser l’obscénité :
en temps présent, rien que présent
.
Pilinsky fumait beaucoup. c’était l’époque où l’on fumait sans se soucier de savoir s’il était bon ou mauvais de fumer, sans même imaginer que fumer pourrait subir quelque restriction que ce soit. car l’esprit de Pilnsky, tourné vers l’essentiel, avait besoin de maintenir mains et souffle hors des sortilèges et des florilèges qui encombrent la prose, ou dont s’encombre la prose. et fumer participait de ce défrichement-là. tel qu’on le voit à l’écran, il y a toujours des volutes de fumée là où vibre la voix de Pilinsky, alors qu’elle cherche la fréquence non qui lui délivrera la vérité, mais qui le rendra lui-même vulnérable à une vérité dont on ne peut qu’ignorer l’intention, ignorant par ailleurs qu’il y ait réellement quelque intention que ce soit, que ce fut, non, que ce fusse – enfin, tu vois ce que je veux dire…

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