l’orée du peu

  la vie comme exacte combinaison du chœur antique et de ma voisine névrotique
  n’avoir par ailleurs pour se préserver de l’oubli rien d’autre que la mémoire, t’en souviens-tu?
  et contre la mémoire rien que l’oubli, un voile blanc de mariée
  traditionnellement c’est blanc, un voile de mariée

  .

  il pleut et c’est pas pour nos tombes
  il pleut sur nos tronches comme il pleut sur le fleuve: en pure perte
  mais il n’a pas plu depuis des semaines dis-tu, et là où il ne pleut pas les hommes ignorent la douceur de la tête penchée
  du gris méticuleux
  et du temps qui s’endort au ronron de la bruine

  .

  je ne veux rien, je t’assure – non, non je n’ai besoin de rien
  que la mort d’en dehors seulement ne vienne faire obstacle ou interrompre la mort d’en dedans
  j’ai mort à mon nom. je ne comprends pas très bien ce que j’entends par là mais j’ai mort à mon nom
  et puis j’ai pas su me retenir

  .

  les yeux sont au milieu
  la morte couchée sur le côté, chienne au repos mais l’oreille aux aguets
  un plan de métro parisien par exemple, c’est beau
  et réserver son billet longtemps à l’avance s’avère économiquement raisonnable
  je crois j’ai du pleurer trois quatre fois dans ma vie
  parce que chez nous, les garçons, ça pleure pas

  .

  la nuit un symbole continu, même quand-i pleut pas
  je jouis du luxe inouï qu’on n’attende rien de moi, pas même moi
  j’aimerais dire autre chose – autre chose se dira toute seule
  il y a des choses qui ne se font qu’à part soi, comme le suicide, l’onanisme, la défécation ou encore
  la pêche à l’ophélie…

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  un chien couvert de bruine

l'orée du peu

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