mirador

  tu me fais la réflexion: abrite-moi, prends-moi chez toi
  je ne sais pas si tu l’as faite à voix haute il m’a semblé percevoir un cri
  rayer ton visage de craie
  alors j’ai pris mon chapeau (cette fois un bonnet marin, à cause du froid) et je suis sorti
  je sortis pour toujours même s’il était évident déjà
  que l’odeur de la soupe
  me ramènerait là dès avant le soir…

  .

  un arbre foudroyé, éclaté éviscéré – quelle importance qu’il fut poirier, charme ou noyer?
  comme tout un chacun je finirai par me rendre à l’amour, puisque il n’y a pas le choix
  puisque arrachée à soi – les dents tombent de soi – puisque arrachée à soi l’ombre foulée s’est relevée
  échevelée s’est repeignée
  vers le bistrot s’en est allée…

  .

  tu me parles de toi mais je ne t’écoute pas
  tu me parles de ci de ça mais je m’en fous – je guette dans le ciel le point précis d’où surgiront
  les canards du milieu, printemps des migrations je guette dans le ciel l’instant précieux
  où elle apparaîtra, vierge aux sept couleurs, dispensatrice des sept souffles,
  une pomme d’or dans la main droite (c’est à dire du côté gauche quand on la regarde de face), et dans la gauche: rien
  – rien que le poids de mon âme…

  .

  et puis le temps a passé. les bêtes cessèrent de nous épier, le mauvais sort
  semblait s’être épuisé
  pour l’occasion je m’étais même lavé les pieds – faut dire que c’était dimanche
  et que ce serait éternellement dimanche désormais – la grève permanente, les pendus de leurs arbres descendus
  bref une histoire improbable, mais pas plus que l’ancienne, celle des lundis perpétuels et des pendus montant aux arbres alors qu’ils ne savaient
  même pas voler…

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