moineaux crevés

  de petite pauvreté et de bas rapiécés
  nous fîmes bon usage, et de bien hauts voilages


  cinq siècles sans pleuvoir
  j’ai la rage de te plaire


  tu me mets des bâtons dans les roues et j’en fais des béquilles
  des béquilles roulantes
 

  toutes tes belles histoires garde-les
  je m’envole sur un âne loqueteux


  mon petit frère est mort, je le lui avais bien dit
  ne te soucie de rien, mon petit frère est mort


  tu t’en vas, cette fois tu t’en vas
  : l’horizon commence ici


  n’ai rien gagné, n’ai même pas joué
  les dés pour moi volent encore


  le miracle côtoyant le néant
  je vis en désœuvrée


  vivre à part soi, le monde est en douleur
  le monde: un phénomène naturel, tranquille


  tu me roules une cigarette, tu sais bien que je ne fume pas
  tu me roules une cigarette quand même


  dieu d’un bel été, où étais-tu passé?
  tu pissais à côté, je peignais des moineaux
  crevés

  je rêvais de t’entendre, une tombe
  une tombe a sauté pieds joints dedans moi


  vaste l’amour, avec une grande boucle
  le fleuve amour se jetant dans l’arctique


  parle-moi de tes vaches, de ton anus
  les extrêmes se déchaînent, du grand silence aussi


  mange-moi tout autour
  dedans le vide est sans contour

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